Nous qui n’existons pas. Mélanie Fazi

Dystopia, la maison d’édition associative bien connue, n’avait jamais publié de non-fiction. Mélanie Fazi, qui a déjà collaboré avec Dystopia, au travers des traductions de Lisa Tuttle ou du recueil Adar / Retour à Yirminadingrad écrit plutôt de la fiction.
Quoi de plus logique alors que Nous qui n’existons pas, non-fiction de Mélanie Fazi, paraisse chez Dystopia ?

Comment parler d’un texte qui ne se raconte pas et dont on n’a pas envie de déflorer parce que dire quoi que ce soit de son contenu serait dire en moins bien ce que l’autrice dit avec talent ?

Il faut bien essayer quand même ! « Nous qui n’existons pas » est le récit d’un parcours d’une jeune femme vers la compréhension de son identité. Je n’ai pas trop envie de mettre un adjectif après identité (mais si on insiste : identité de genre, dirait-on aujourd’hui ; mais aussi un peu identité sexuelle, et aussi identité tout court parce que l’autrice finit par interroger tout ce qui peut faire différence par rapport à des éléments qui ne font pas question pour beaucoup de gens, ce qui isole encore plus ceux qui se questionnent à ces propos : le couple, la solitude, la question d’avoir ou non des enfants).

Une part de la quête de Mélanie Fazi est de nommer qui elle est. Je veux dire par là trouver un mot qui la caractérise. J’entends le besoin parce que d’abord, il permet de se reconnaître, et puis il facilite la vie, quand on a envie de partager (selon les mots de Mélanie Fazi : « Pour pouvoir expliquer ce que l’on est à ses amis, à ses proches, pour exister aux yeux du monde. ») Mais il est heureux, selon moi, qu’à ce jour (désolé de dévoiler la fin), cette quête n’ait pas tout à fait abouti, parce qu’elle serait selon moi réductrice. Il n’y a pas un mot, mais il y a les centaines de mots du texte qui expriment parfaitement les choses. Tout un tas de choses, d’ailleurs et avec une telle acuité que j’ai éprouvé le besoin irrépressible passer du stabylo sur le livre. Sacrilège ! (double sacrilège, même, c’est une édition dédicacée).

Le texte de Mélanie Fazi a entre autres comme immense atout de mettre des mots sur des choses simples, souvent indicibles ou sortants du champ du questionnement habituel. Sans pour autant être une thèse universitaire. C’est avant tout un témoignage.

Un autre intérêt est aussi la notion de parcours. Le texte est vivant parce qu’il ne se contente pas de dire « Voilà où j’en suis », mais plutôt « comment j’en suis arrivé où j’en suis ».

En levant un voile sur une part très intime d’elle-même, Mélanie Fazi met un coup de, projecteur sur ce qui reste (ou est devenu ?) un tabou de notre mode de vie actuel. Ou, en tout cas, à défaut de tabou, un non-dit. Non-dit qui est une souffrance pour qui veut vivre comme il en a envie sans avoir à justifier de sa vie ni répondre aux injonctions de la norme.

Elle permet aussi à chacun de s’interroger (en tout cas pour des gens qui ne se sentiraient pas directement concernés par le sujet), sur la façon d’envisager la vie de gens qui nous entourent, sur lesquels, peut-être, on applique une grille de lecture totalement inappropriée.

Effacez tout ce que j’ai écrit plus haut, oubliez mes mots maladroits, et lisez Nous qui n’existons pas. Le texte vaut mieux que toutes les explications qu’on essaiera de donner à son propos.

(Ceci était une renaissance de ce blog après 13 mois de mort clinique, rien ne dit qu’il ne va pas retomber dans un sommeil profond)

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Une réponse à Nous qui n’existons pas. Mélanie Fazi

  1. Matoo dit :

    Bah écoute, je l’aurais lu ce post moi. 🙂

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