Le moineau de Dieu. Mary Doria Russell

Le Moineau de Dieu, premier roman de Mary Doria Russel, a été publié il y a vingt ans (deux ans plus tard en France) et vient de ressortir chez Actu SF, dans une édition enrichie d’une postface et d’une interview de l’auteur. Je n’en avais pour ma part jamais entendu parler, et je ne saurais trop remercier mon libraire préféré de la rue Riesner d’avoir attiré mon attention là-dessus (on reconnaît un bon libraire quand il n’essaie pas de vendre n’importe quoi à n’importe qui, mais a pris le temps de connaître votre goût pour vous conseiller un bouquin qui a des chances de vous plaire).

La thématique du Moineau de Dieu a été largement traitée par la littérature de Science Fiction. C’est celle de la découverte d’un signal extra-terrestre et du premier contact. Mais Mary Doria Russel le traite de façon tout à fait originale.

Tout commence (dans un futur proche à la parution du livre, mais quasiment le présent pour nous : 2019) par la découverte d’un signal extra-terrestre venant d’Alpha du Centaure, par le radiotélescope d’Arecibo, vendu depuis peu aux Japonais. Une mission d’exploration comprenant sept personnes est envoyée vers l’étoile la plus proche de notre système solaire.

Évacuons de suite la seule faiblesse à mes yeux du roman (même si l’auteur donne en postface une explication cohérente, même si pas très convaincante) : la mission est décidée autour d’une table, le soir de la découverte du signal, par celui qui réussit à le décrypter et ses amis… Et ce sont eux qui partent dans la mission, lancée et financée par les Jésuites en grand secret (l’un des amis du « découvreur » est jésuite, et va convaincre son ordre) !!! Ce n’est pas là l’important, ni d’ailleurs la crédibilité scientifique de la façon dont ils vont voyager.

Un seul rescapé, Emilio Sandoz (le fameux jésuite), revient sur Terre, quarante ans plus tard (et quinze ans pour lui, par la « magie » de la relativité et d’un voyage à une vitesse très élevée). Il est accusé, par la mission qui est allée le secourir de tous les maux (prostitution, meurtre d’enfant). Il est dans un état de santé pitoyable (grande faiblesse, scorbut, mains mutilées) et est isolé par la compagnie des Jésuites pour le protéger des médias. L’ordre veut de plus l’interroger pour savoir exactement ce qu’il s’est passé là-bas. Le roman raconte en parallèle l’interrogatoire d’Emilio et le déroulement de la mission.

L’auteure le dit elle-même, son intention était d’écrire une allégorie des grands voyages du XVe et XVIe siècle, quand des Européens ont détruit des civilisations en pensant leur apporter la modernité et la foi catholique ! Dans le cas de la mission sur Alpha du Centaure, malgré l’intention de prudence des protagonistes, les dégâts n’en seront pas moindres.

La plus grande qualité du roman, ce sont ses personnages. Complexes et attachants, ils sont au premier plan du roman, et lui évitent la froideur qu’ont certains romans de hard science. Peut-être est dû aussi que le matériel scientifique du livre n’est pas de la science dure, mais des sciences plus « molles » : linguistique et sociologie. Sans oublier les réflexions théologiques.

Je ne pourrai pas dire que le livre se dévore d’une traite, parce qu’il est très dense. Mais il est très difficile de le lâcher une fois commencé. On ne peut espérer que cette nouvelle édition ait un succès (qui serait mérité) et permette à Actu SF de traduire et publier un autre roman de l’auteure situé dans le même univers (Children of God) jamais paru en France.

Roman traduit de l’Anglais (États-Unis) par Béatrice Vierne
Paru chez ActuSF – Collection Perles d’épice

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Une réponse à Le moineau de Dieu. Mary Doria Russell

  1. Phil dit :

    Ah, il me tentait déjà bien, celui-là – tu confirmes qu’il faudra que je trouve le temps de m’y attaquer !

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