Triste anniversaire demain : Tsunami au Japon et catastrophe nucléaire, c’était il y a un an. Les nucléocrates rivalisent de mauvaise foi pour minimiser la catastrophe. On entend ici ou là que l’accident nucléaire n’a pas fait une seule victime, et surtout, qu’en France, la sûreté des installations nucléaires est d’un tout autre niveau. Il y a 25 ans, après la catastrophe de Tchernobyl, les même nous expliquaient que jamais, un accident ne se produirait dans un pays comme le notre. Les mêmes qui nous assuraient en 1979, après l’incident de Three Miles Island, que notre technologie était plus sûre que la technologie américaine.
Mais voilà, nous sommes drogués à l’electricité. Pour justifier le programme électro-nucléaire français, on équipe depuis 40 ans la plupart des logements neufs de système de chauffage à l’électricité. D’autre part, en minimisant les coûts futurs de démantèlement des centrales, on a en France un prix du kWh inférieur à la moyenne européenne. Ce système s’est mis en place en toute opacité, sans aucun débat public. Et on veut maintenant nous persuader qu’on ne peut plus revenir en arrière.
Or, l’accident de Fukushima a fait exploser le mythe savamment entretenu de l’impossibilité de l’accident nucléaire dans un pays hautement développé et démocratique (par opposition à l’URSS de 1986 !).
À part le fait de fournir abondamment notre dose quotidienne de la drogue électricité, aucun argument pro-nucléaire ne tient longtemps. On nous dit que le charbon a plus tué que le nucléaire, que les accidents sont très rares et sont des cas particuliers. On parle d’indépendance énergétique. On oublie quand même de dire que les accidents nucléaires ne sont pas des accidents comme les autres. Par la nature même du nucléaire, on en prend à chaque fois pour des milliers d’années. La vérité est qu’on ne sait pas vraiment décontaminer les zones affectées par ces accidents. Alors, on ferme les yeux sur les cancers des enfants qui vivent encore dans les zones contaminées par Tchernobyl, on ferme les yeux sur l’urine radioactive des gosses vivant dans une zone d’un rayon de 200 km autour de Fukushima. Dans 20 ans, les cancers prolifèreront, on noiera ces statistiques parmi d’autres et on se lamentera sur ce fléau mondial qu’est le cancer.
L’argument de l’indépendance énergétique est bien entendu fallacieux vu qu’on importe l’intégralité de l’uranium utilisé dans les centrales.
Et les déchets ? Depuis quarante ans, on nous dit « ne vous inquiétez pas, la science va faire de progrès, on va réussir à les traiter ». On n’a pas avancé d’un pouce sur le sujet. Résultat, on va commencer à enfouir des déchets pour des dizaines de milliers d’années. Comment peut-on imaginer qu’on peut suivre la sécurité de ces enfouissements sur une durée si longue ? (si on remonte de 10000 ans en arrière, on arrive au début de l’humanité sur Terre !!!).
Malheureusement, en France, à part les écolos, personne ne comprend les enjeux d’une éventuelle sortie du nucléaire. Le Parti Socialiste, qui, depuis Fukushima, a fait son aggiornamento sur le sujet, fait mine de croire qu’on peut diminuer la part du nucléaire en France sans transformer en profondeur nos modes de consommations. Pourtant, c’est bien de ça qu’il s’agit. La vérité est très simple : on ne pourra pas continuer à consommer autant d’énergie que nous le faisons aujourd’hui. Face à cette évidence, deux attitudes. La fuite en avant, en espérant que la rupture se produira suffisamment loin dans le futur (pour un politique, « loin dans le futur », ça veut dire après la fin de son mandat, donc à très court terme !!). Ou bien commencer dès aujourd’hui à jouer à la fois sur la modification de notre mix énergétique, et à faire de économies d’énergie. L’un ne va pas sans l’autre.
Voilà encore l’un des enjeux auquel on va passer complètement à côté, au cours de la campagne présidentielle minable qui se déroule sous nos yeux.
Cet enjeu, il dérange beaucoup. Les intérêts financiers autour du programme électronucléaire sont énormes. Pour ne pas en parler, la stratégie est simple : décrédibiliser la candidate écolo, Eva Joly. Son accent, son physique, tout y est passé. Et si on écoutait un peu ce qu’elle avait à dire ? Et lui répondre sur le fond, si on n’est pas d’accord, ce qui, en démocratie, devrait être un fonctionnement naturel. Mais il faut croire qu’il existe bien peu d’arguments rationnels à lui opposer…