Anamnèse de Lady Star. L.L Kloetzer

Ce livre avait tout pour me plaire. De l’anticipation intelligente, bien écrite. J’avais vraiment aimé Cleer, premier livre du duo (L. L. Kloetzer est le « pseudonyme » de Laurent et Laure Kloetzer). Mais au bout de 200 pages (sur 445), malgré tous mes efforts, j’arrête : je ne comprends rien. Je suis paumé, je confonds les personnages, j’ai l’impression d’échapper à l’essentiel. Le principe du puzzle qui, en se complétant au fur et à mesure, nous donne à voir l’image complète, c’est très séduisant, sauf que je ne vois rien, et ça finit par me tomber des mains. Trop d’acronymes, trop d’ellipses, trop de non-dits qui nuisent fortement à la lisibilité.

Je déteste arrêter un livre avant la fin. Celui là, c’est pire que tout, on ne peut même pas dire que je l’ai détesté. Alors, je l’ai remis au milieu des dizaines de livres en attente d’être lus… Peut-être est-ce une question état d’esprit, de mauvais moment pour moi pour lire ce livre. Je réessaierai dans quelques années !

Paru chez Denoël Lunes d’Encre

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

À moi seul bien des personnages. John Irving

J’ai retrouvé John Irving… John Irving le conteur, capable de me faire rire aux éclats (chose rarissime, je n’ai que deux autres exemples en tête – je parle de vrais éclats de rire, hein, pas de vagues sourires ou de ricanements : C’est ici que l’on se quitte, de Jonathan Tropper, et La conjuration des imbéciles, de John Kennedy O Toole (les Fantômettes que je lisais quand j’avais huit ans, ça compte pas :) )) et de me faire chialer vingt pages plus tard. Je l’avais perdu depuis la parution en 2002 de son poussif La Quatrième Main. J’avais pas détesté les deux suivants, mais sans sauter au plafond.

En revanche, il faudra s’y faire, une certaine grâce dans son écriture s’est envolée probablement définitivement il y a une dizaine d’années. J’avais déjà été marqué par les digressions incessantes, les allers et retours temporels un peu trop systématiques à la lecture de son précédent roman : c’est à nouveau le cas. C’est pas hyper gênant, c’est juste que j’ai l’impression d’un procédé un peu forcé.

Mais cette petite réserve n’a pas suffit à adoucir mon enthousiasme effréné.

À moi seul bien des personnages, c’est le titre de ce roman, raconte la vie de William Francis Dean Jr. Bill, comme on le surnomme, est né dans les années 40, et, dès son adolescence, va s’interroger sur son identité sexuelle, se découvrir bisexuel, à une époque où c’est bien moins évident que ça peut l’être maintenant (si ça l’est…). De fait, le roman tourne entièrement autour de cette question de l’identité, et de l’identité sexuelle en particulier. Pour le reste, c’est un roman de Irving, c’est à dire un roman avec des ours (bien que dans celui ci, le terme ne désigne pas les animaux), de la lutte, du Vermont, de l’Autriche, et du théâtre. (Au passage, je pense que les traducteurs ont eu tort de traduite Bears par Ours ; en France on dit Bears également – quoiqu’en dise wikipedia : ).

Le hasard a fait que j’ai terminé ce livre le jour du vote solennel du Mariage pour Tous à l’Assemblée Nationale. Quel contraste entre l’atmosphère de tolérance et de liberté dans lequel baigne le roman et l’hystérie des amis de Virginie Telenne !

(Tiens, puisque je parlais de digressions, en voici une : Henri Guaino nous déballe son intimité depuis le début du débat, ses failles, son manque de père, sa blessure, et patati et patata. À trop s’essayer à la psychanalyse (de bazar), on finit par faire parler son subconscient. Dans un  acte manqué aussi formidable que comique, Henri Guaino a voté en faveur du Mariage pour tous, en faisant une erreur de manipulation lors du vote électronique de la loi. « Entre ici, Sigmund Freud… »).

Mais j’en reviens au formidable roman de John Irving. Qu’en dire de plus qu’Edmund White : « À moi seul bien des personnages est un roman qui vous rend fier d’être humain » ?

Roman traduit de l’Anglais (États-Unis) par Josée Kamoun et Olivier Grenot
Paru au Seuil

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | 2 commentaires

Les Jours étranges de Nostradamus. Jean-Philippe Depotte

Après la lecture du Chemin des Dieux, j’ai eu envie de lire le seul des quatre romans de Jean-Philippe Depotte que je n’avais pas encore lu, et qui trainait sur mes étagères : Les Jours étranges de Nostradamus.

Le narrateur du roman, Philibert Sarrazin, est le beau frère de Michel de Nostredame, plus connu sous le nom de Nostradamus. Lorsque le roman débute, Sarrazin n’a pas vu Nostredame depuis des années. Ils ont étudié la Médecine dans la même faculté, à Montpellier, ont épousé deux sœurs, et ont vécu à Agen, avant que le décès de l’épouse de Nostradamus ne pousse ce dernier à tout quitter pour un long voyage.

Sarrazin se retrouve embarqué dans un complot qui le dépasse complétement, et est obligé de fuit Lyon, où il habite depuis des années. Il fait route vers Salon-de-Provence, où il sait pouvoir retrouver Nostradamus, devenu entre temps un astrologue réputé, consulté par les puissants de l’Europe entière.

Les époux Sarrazin arrivent à Salon, dans une ville touchée par la peste, désertée par ses notables, à l’exception de Nostradamus…

Jean-Philippe Depotte nous plonge avec maestria dans cette fin de moyen-âge tumultueuse, avec ses guerres de religion, les derniers soubresauts de l’inquisition, la polémique entre la vieille médecine, inefficace, et les premiers disciples d’Ambroise Paré. Débutant comme un thriller, Les Jours étranges de Nostradamus glisse peu à peu vers le fantastique. Les certitudes de Philibert Sarrazin s’étiolent en même temps que celles du lecteur, la réalité se dérobe, les époques se mélangent…

Dès ce deuxième roman, la maîtrise de Jean-Philippe Depotte est impressionnante. Une fois commencé, Les Jours étranges de Nostradamus ne se lâche plus. Et on le referme sans aucune certitude sur l’histoire que l’on vient de lire, sans l’avoir vu vraiment venir,  je n’en dis pas plus à ce sujet pour ne rien déflorer.

C’est selon moi, le meilleur des trois premiers romans de JP Depotte (je place le dernier, Le chemin des Dieux, bien au dessus).

Paru chez Denoël  (très bientôt disponible en Folio SF)

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | 2 commentaires

Fiction n°16

Fiction, l’édition française de la revue américaine de The Magazine of Fantasy and Science Fiction, éditée par les Moutons Électriques depuis 2005, adopte, pour ce numéro 16, une nouvelle formule. Comme l’explique l’édito, ce sont surtout des considérations économiques qui ont poussé l’éditeur à abandonner le format carré très original (mais pas rationnel en terme d’imprimerie), certains cahiers et la couverture en couleur, et plusieurs sortes de papiers par numéro. L’idée de ce changement ne m’enchantait guère, je trouvais les objets-livres Fiction particulièrement beaux. Pourtant, lorsque j’ai reçu ce numéro 16 dans ma boîte aux lettres (je suis abonné), j’ai été particulièrement séduit : le toucher de la couverture, dans un carton à texture déjà utilisé pour le numéro 15, le format A5 pratique pour la lecture, le papier intérieur ; c’est un peu bébête, mais j’avais immédiatement envie de me plonger dans la lecture, comme on adore enfiler un vieux jean, certes moins élégant qu’un pantalon de smoking mais tellement plus confortable. Pour un prix inchangé, 19 €, la pagination a été augmentée à 364 pages.

Petit rappel, Fiction est une anthologie semestrielle, composée principalement de nouvelles traduites piochées dans la revue-mère américaine, mais aussi de nouvelles francophones et de chroniques. Le niveau est en général excellent. Pour être complet, il faut signaler que Fiction a été créée à l’origine en 1953 (le prochain  numéro est d’ailleurs un numéro 60ème anniversaire), avant de mourir en 1990 et en 2005, elle a été ressuscitée (avec bonheur) par les Moutons Électriques, maison d’édition lyonnaise.

Mais revenons à ce numéro 16 et cette nouvelle formule. Autant le dire très vite : c’est un numéro de très, très haute volée.

On y découvre un auteur jamais publié en France à ma connaissance, Ken Liu, américain d’origine chinoise, qui a obtenu pour la nouvelle La Ménagerie de papier, (publiée dans ce numéro), le prix Hugo, le prix Nébula et le prix World Fantasy, rien que ça !!! Et cette histoire racontant le rapport entre une mère chinoise exilée aux states et son fils qui la rejette pour s’intégrer dans leur pays d’accueil, est absolument géniale. Deux autres nouvelles de Ken Liu sont aussi présentes dans ce numéro, d’un niveau équivalent.

Mais ce n’est pas tout. Le numéro ouvre avec une novella de Jean-Pierre Andrevon : Contact. Une histoire poétique et désespérée de la quête d’un contact extraterrestre par une disposa humaine qui a quitté la Terre après sa destruction. Un récit assez classique dans son écriture mais très efficace.

Si la nouvelle de Jeffrey Ford est un poil en dessous de celle de l’auteur présente dans le numéro 15 (une merveille absolue), Une histoire naturelle de l’automne est quand même de très haut niveau (mais j’avoue ne pas bien avoir compris la fin) : du Jeffrey Ford, quoi !

Puisqu’on est dans les « j’ai pas tout compris », passons vite fait sur la fausse note du numéro, à mon goût, Canto MCML de Lewis Shiner, totalement absconse (mais heureusement fort courte).

Tout le reste est magnifique, je cite pour mémoire Orfé, de Richard Chwedik et Faiseurs de musique, de Kate Wilhelm (qui m’a fait penser à l’épisode de Six Feet Under où le motard meurt et sa compagne et ses amis bikers font une fête d’enfer pour lui rendre hommage).

Sans oublier la réédition d’une nouvelle de 1985 de Roland C. Wagner. Mais franchement, j’aurais pu les citer toutes.

La partie recension et documents n’est pas inintéressante non plus. Nicolas Lozzi revient sur la trilogie Martienne de Kim Stanley Robinson, et en dit tout autant de bien que ce que j’en pense. L’article sur la rétromanie de Arthur Morgan ne m’a pas passionné. En revanche, le reportage sur Conan Doyle, paru dans The Strand en 1892 est délicieux.

Voilà ! Pour ma part, des numéros comme ça, j’en redemande !

Fiction, revue semestrielle publiée aux Moutons Électriques, dispo en librairie ou sur abonnement (http://www.moutons-electriques.fr)

Publié dans Livres | Marqué avec , , , , , , , | Laisser un commentaire

Le chemin des dieux. Jean-Philippe Depotte

Quatrième roman de Jean-Philippe Depotte, Le chemin des dieux est bien différent des trois précédents, qui se déroulaient tous dans le passé, et en France.

L’intrigue du Chemin des dieux est située au Japon, le Japon actuel ou celui d’un futur très proche.

Achille, un français qui a vécu au Japon mais est revenu en France, reçoit un étrange coup de fil de Francis, un ami qui lui est resté au Japon. Francis lui demande de venir l’aider parce qu’Uzumé, une femme qu’ils ont aimé tous les deux a disparu. Arrivé au Japon, Achille constate qu’Uzumé, loin d’avoir disparu, est devenue une star et il apprend le suicide de Francis. Le Japon est plongé dans une crise énergétique inexpliquée, et on vient d’apprendre l’enlèvement d’une très vieille femme, la doyenne de l’humanité. En essayant de recoller les morceaux de cette histoire et de rencontrer Uzumé, Achille va se trouver mêler à une histoire extraordinaire, et va visiter l’envers du décor : le Japon des Dieux, le Japon mythologique. Lui, l’étranger, a-t-il sa place dans une guerre secrète, entre les Dieux, et une Histoire toute aussi secrète qui le dépassent ?

Le chemin des dieux est un roman extraordinaire. L’immersion dans la culture Japonaise est totale, la poésie affleure à chaque page. Avec ce roman, je trouve que la plume de Jean-Philippe Depotte, qui ne m’avait jamais totalement convaincu s’est admirablement densifiée. J’ai beaucoup apprécié les deux romans de cet auteur que j’ai lus, mais je trouvais son écriture un peu plate. Une écriture qui est, dans ce roman, complètement transcendée.

Le récit est captivant, fascinant. Dès le début, le mystère m’a attrapé, et je suis complètement rentré dans cette histoire. Les personnages sont très attachants. Jean-Philippe Depotte nous donne accès à la mythologie Japonaise avec une finesse étonnante.

Finesse et élégance, deux adjectifs qui collent parfaitement à ce superbe roman. Un roman qu’il sera difficile de classifier. Ce n’est clairement pas de la SF, mais une sorte de Fantasy onirique, suffisamment onirique, en tout cas, pour pouvoir toucher un large publique. Je suis ravi d’avoir eu la chance de pouvoir lire ce livre avant même sa parution, prévue en Mai.

(Un petit ajout deux jours après la publication initiale du billet : j’ai oublié de dire que je n’étais pas fan du tout des couvertures des trois premiers romans de l’auteur (palme dans ce domaine pour Les Jours Étranges de Nostradamus), mais que celle-ci valait le coup d’attendre ! Elle est tout simplement splendide.)

À paraître chez Denoël Lunes d’Encre (Mai 2013)

Publié dans Livres | Marqué avec , , | 2 commentaires

Les actes, c’est maintenant

Depuis des mois, je pense que les différents gouvernements qui se succèdent depuis une grosse dizaine d’années à la tête de la France sont tétanisés par le fait qu’une grosse tuile leur tombe sur le coin de la gueule. Et des grosses tuiles possibles, il y en un paquet : éclatement du système financier, crise énergétique majeure, crise climatique… Du coup, leur obsession est de colmater les fuites pour tenir en essayant de repousser la crise éventuelle et qu’elle frappe leur successeur. La conséquence la plus évidente est l’obstination quasi-maladive d’appliquer des remèdes connus aux grands problèmes auxquels ils sont confrontés, alors même que ces remèdes ont déjà tous échoué : compression des dépenses pour tenter de rétablir l’équilibre budgétaire ; politique de la demande pour résoudre le chômage ; « l’Europe, l’Europe, l’Europe » comme mantra numéro un ; « la croissance, la croissance, la croissance » en deuxième place au Top 50.

Pas de chance pour François Hollande, la tuile est venue de là où on ne l’attendait pas : l’affaire Cahuzac est en train d’ébranler la république.

Et bien oui, pas de bol, c’est tombé sur toi, François. Mais, en fait, est-ce vraiment une surprise ? Depuis vingt ans, de commission en commission, les rapports sur l’évasion fiscale, la lutte contre les conflits d’intérêts, la transparence de la vie publique s’entassent. Sans aucun effet.

Alors maintenant, la crise est là. Il n’est plus temps pour les discours, il n’est plus temps pour la communication, le temps du courage et des actes est venu.

Comment accepter encore une minute que chaque parlementaire dispose à discrétion d’une somme mensuelle importante, sans que l’on connaisse l’utilisation qu’il en fait ?

Comment accepter encore une minute que les députés socialistes ont accepté l’investiture de leur parti en contrepartie de mettre fin à leur propre cumul des mandats dans les six mois suivant leur élection, et qu’à ce jour, moins de la moitié l’ait fait ?

Comment accepter la loi bancaire petit bras qui a été votée alors qu’au Bourget, en pleine campagne électorale, François Hollande déclarait « Mon ennemi, c’est la finance » ?

Comment accepter qu’aucune loi, en 2012, n’encadre les conflits d’intérêts ? Comment un membre du cabinet de Claude Evin, ministre de la Santé, en 91, peut il devenir consultant auprès des labos pharmaceutiques en 93, puis devenir député, président de la commission des finances à l’assemblée, puis ministre quelques années après ?  (Je parle bien sûr de Jérôme Cahuzac.)

Du courage, et des actes. C’est au fond assez simple…

Publié dans Politique | Marqué avec , | 2 commentaires

Sandman Slim. Richard Kadrey

Un magicien, James Stark, revient de l’Enfer (au sens littéral) pour se venger de ceux qui l’y ont envoyé dix ans auparavant (et qui ont aussi tué l’amour de sa vie).

Voici le pitch de Sandman Slim de Richard Kadrey. J’avoue que ça me branchait moyen. Mais je me suis vite prêté au jeu, parce que ça se lit facilement, c’est bourré d’humour et de second degré. Et puis, c’est devenu de plus en plus « Tarantinesque », et ça a fini par m’ennuyer autant qu’un film de Tarantino. Mais je suis allé au bout parce que, quand même, ça se lit facilement. Comme certains films de Tarantino se laissent voir. J’ai bien aimé Django Unchained par exemple, détesté quasiment tous les autres (enfin, ceux que j’ai vu).

Bref, de la même façon que, n’étant pas masochiste, je n’étais pas  allé voir Kill Bill 2, je pense que j’arrêterai là ma lecture de la série Sandman Slim (déjà quatre romans en VO, le cinquième à paraître cette année).

Pour être un peu plus argumenté, ce qui m’a le plus ennuyé, c’est la succession d’épisodes de massacre décrits sur le même ton désabusé. Les premiers, ça fonctionne, au bout du dixième, j’avais envie de dire au narrateur « bon, tu vas changer de ton maintenant ? ». Ça aurait mérité d’être plus resserré, tout en creusant un peu plus les personnages secondaires, parfois laissé carrément à l’abandon. Et puis, je crois que les trucs d’enfer, de paradis, de démons et de magie noire, ça me gonfle.

Bref, c’est pas ma came quoi. Mais si vous aimez tout ce que j’ai dit ne pas aimer, vous allez adorer, parce que, dans le genre, c’est un très bon roman.

(Une question m’a déjà taraudé à la lecture d’Armageddon Rag : pourquoi Jean Pierre Pugi, le traducteur (excellent au demeurant) s’obstine-t-il a employer le mot « indicatif » pour « numéro de téléphone » ? Si quelqu’un a une explication – un anglicisme ? une acception du mot « indicatif » que je en connais pas malgré mes recherches ? – je suis preneur.)

Roman traduit de l’Anglais par Jean-Pierre Pugi
Paru chez Denoël Lunes d’Encre

Publié dans Livres | Marqué avec , , | 3 commentaires

Les faits sont têtus. Olivier Berruyer

Olivier Berruyer est actuaire. Pour citer l’avant-propos du livre cette profession « consiste principalement en l’évaluation et la gestion des risques dans les entreprises financières ». Depuis quelques années, il tient un blog, l’alimentant chaque jour : les-crises.fr, véritable mine d’or sur l’analyse de la crise financière. Il y fournit de nombreux éléments factuels et chiffrés.

Son premier livre, Stop, tirons les leçons de la crise (Editions Yves Michel, 2011), expliquait déjà les racines de la crise financière de 2008, avec beaucoup d’éléments chiffrés, de graphiques et de schémas.

Les faits sont têtus, son second livre, qui vient de paraître, met en perspective la crise de 2008 en l’expliquant mais aussi en nous montrant le parallèle (assez effrayant) avec la crise de 1929, pas seulement dans ses effets, mais aussi dans les causes qui l’ont précédée. On voit ainsi que contrairement à l’idée largement répandu, le phénomène de mondialisation actuel a eu un précédent, avant la guerre de 14, avec les mêmes effets. Mondialisation, absence de régulation, endettement mènent inévitablement à la catastrophe. Ça a été le cas en 29, c’est le cas aujourd’hui.

Ce nouveau livre d’Olivier Berruyer, plus encore que celui de 2011, est formidable de pédagogie, et est passionnant. Il se dévore quasiment d’une traite. La seule petite partie un peu difficile, ce sont les 30 pages sur le système bancaire et monétaire. Le reste est d’une limpidité implacable.

Le livre est, en creux, d’une cruauté effrayante pour les dirigeants de nos pays, aveugles depuis trente ans. Ces dirigeants formidables incapables de sortir de leur course stupide à la croissance, qu’ils savent perdue d’avance mais qu’ils continuent à disputer, parce qu’ils ne connaissent rien d’autre. Le manque d’imagination de la classe dirigeante est terrifiant.

À lire pour garder les yeux ouverts sur la réalité de la situation économique. Ce livre est une bombe. L’étonnant est que ce n’est pas une bombe parce qu’il fait des révélations fracassantes, mais juste parce qu’il énonce des évidences que l’on veut absolument ne pas regarder.

Paru aux éditions Les Arènes

Publié dans Livres, Politique | Marqué avec , , | 3 commentaires

Sur le naufrage des banques à Chypre

À chaque crise en Europe, on se demande toujours à combien est-on de la dernière, celle qui fera effondrer l’édifice branlant sur lui-même ! On nous l’a répété, clamé sur toutes les chaines d’info en continu que compte le continent, tout était résolu, le cas grec était réglé, empêchant toute contagion au reste des pays du sud de l’Europe à la fois fortement endettés et en récession. Le fameux MES (Mécasnisme européen de stabilité) avait rassuré nos chers marchés. Tout allait bien.

Et voilà que Chypre, une île de 9251 km², sombre corps et biens dans l’océan des dettes de son système bancaire. Mais à ce stade, tout va encore très bien. FMI, Eurogoupe et autres machins fort démocratiques (dois-je souligner l’ironie ?) débloquent dix milliards d’Euros pour renflouer le bilan des banques chypriotes. À une petite condition : la mise en place d’un prélèvement sur les dépôts bancaires. Tous les dépôts bancaires, celui du retraité sous le seuil de pauvreté comme celui de l’oligarque russe qui bénéficie du statut de paradis fiscal (de facto) de l’île pour y blanchir un argent douteux. Une ponction évaluée à 5,8 milliards d’euros. Dont on n’a pas bien compris si elle allait être utilisée en complément des dix milliards, ou pour les rembourser déjà en partie.

Il faut dire que les médias français ont commencé à relayer l’information de façon très factuelle, sans comment ni pourquoi, et n’ont commencé à se poser des questions que lorsqu’il est apparu que, bizarrement (ironie, toujours), les Chypriotes allaient peut-être un petit peu se rebeller, et que le parlement du pays n’était pas prêt à cautionner cette mascarade a posteriori.

Mais de quel cerveau dérangé ce plan est-il sorti ? Faut bien que quelqu’un paye, va-t-on me rétorquer ? Sauf que dans une économie de marché (on n’en est pas sorti, dites-moi si j’ai loupé un épisode ?), lorsqu’une entreprise sombre, ce sont ses actionnaires qui perdent leur mise, et les créanciers qui s’assoient sur leur dette. Il s’avère qu’au nom du risque systémique, dans le cas du système bancaire, les créanciers et les actionnaires sont les rois du monde, et sont gagnants à peu près à tous les coups. Je ne suis pas stupide, je vois bien le raisonnement : Chypre étant peu regardant sur les dépôts de clients bancaires extérieurs à l’UE, cela a favorisé le blanchiment, se servir sur les dépôts, c’est quelque part une taxe sur le blanchiment. Sauf que dans le plan initial, les dépôts étaient taxés dès le premier euro…

À ce stade de la réflexion, que faire à part rabâcher que la création de l’euro a été vraiment une folie. Pas sur le principe, mais dans la façon dont ça a été fait.

Chypre n’a pratiquement pas changé depuis son adhésion à l’UE, puis son adhésion à l’Euro. On ne découvre rien. Et on se dit comment a-t-on pu accepter ces adhésions ?

Concernant l’UE : Chypre est un territoire divisé, une partie étant occupé par la Turquie. Il était prévu comme préalable à l’adhésion le règlement de ce problème politique.  Le problème n’a jamais été réglé. L’adhésion a quand même eu lieu.

Quant à l’entrée de Chypre dans la zone Euro, comme pour la Grèce, c’est le bal des faux-culs. Un impôt sur les sociétés très bas, le secret bancaire de fait pour les non-communautaires… Un secteur bancaire complètement surdimensionné… Je ne dis pas que sans l’Euro, la Chypre ne serait pas en crise, puisque celle-ci a des causes exogènes. Mais, si Chypre avait sa propre monnaie, elle aurait eu les mains libres pour gérer sa crise sans mettre en péril l’ensemble de la zone Euro. Y compris avec des mesures radicales touchant ses banques.

Ça a été le même souci avec la Grèce, qu’on essaie de maintenir à bout de bras mais en lui laissant le boulet d’une monnaie largement surévaluée par rapport à son économie.

On nous a fait saliver pendant plus de cinquante ans avec une belle idée : les Etats-Unis d’Europe, la paix, la solidarité. Et au nom de cette idée, on nous a imposé un monstre technocratique, échappant à quasiment tout contrôle démocratique. Voire pire : considérant toute expression démocratique comme un frein. Le refus du parlement Chypriote de valider le plan de sauvetage a principalement déclenché des menaces des instances européennes.  Alors même que les dépôts sont garantis dans la limite de cent mille euros par une directive européenne.

Je vais être un peu brutal : toutes proportions gardées, aujourd’hui, l’écart entre l’idéal européen (celui de Schumann, celui qu’on nous vend à chaque fois qu’on doit nous faire avaler une décision embarrassante aussi) et la réalité de la construction européenne, c’est le même écart qu’entre le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels, et l’URSS de Staline.

Publié dans Politique | Marqué avec , , , , | Un commentaire

Les fleurs du karma. Tommaso Pincio

Les fleurs du Karma est le quatrième livre de Tommaso Pincio traduit en France, le deuxième chez Asphalte, après l’excellent Cinecitta.

Les fleurs du Karma est très difficile à résumer. Dans une première partie, on y croise Laïka Orbit, une jeune fille qui a oublié elle-même qui elle est et d’où elle vient. On est dans un pays étrange, envahi d’une poussière aux effets manifestement hallucinogènes… Un pays économiquement dominé par Cloaca Maximum Inc, entreprise qui a la charge de traiter les déchets des égouts… Laïka voyage en compagnie d’un jeune homme, dont la mère, Kinky Baboosian est la figure principale de la deuxième partie du livre. Cette histoire là se déroule dans les années 60, en partie au sein d’une communauté hippie. Et pour finir, c’est le jeune homme qui prend la parole et qui nous raconte sa vie.

Trois portraits, donc, de personnages tous plus barrés les uns que les autres. La frontière entre réalité, rêve et hallucination est fragile, dans ce roman de Pincio, par ailleurs très bien écrit. Il n’est pas très facile d’y entrer. Non pas que l’a lecture en soit difficile, mais la première partie est vraiment déstabilisante. On est aussi paumé que Laïka, qui ne sait pas qui elle est, ni où elle est.

Il se dégage un grand désenchantement de la seconde partie. On a un concentré des espoirs et des renoncements des années 60. Et on finit avec le nihilisme et l’individualisme de la fin des années 90. Après les idéaux collectifs de la génération précédente, le réveil est un peu abrupt ! Difficile d’échapper à l’idée que l’un est le produit de l’autre… Je ne crois pas, ceci dit, que Pincio ait voulu faire de ses personnages les représentants emblématiques de leur génération.

Malgré la noirceur du destin des personnages, Les Fleurs du Karma n’en n’est pas moins teinté d’humour, spécialement dans la dernière partie.

Au final, Les Fleurs du Karma est un roman attachant et original, inclassable ; toute la loufoquerie de Tommaso Pincio, mais aussi le portrait de la contre-culture hippie des années 60. Il faut s’accrocher pour rentrer dans le vif du roman, mais ça en vaut largement la peine.

Roman traduit de l’Italien par Sarah Guilmault
Paru chez Asphalte Editions

Publié dans Livres | Marqué avec , , | 4 commentaires

22/11/63. Stephen King

Je ne suis pas lecteur assidu de Stephen King. J’ai principalement lu de cet auteur son cycle de la Tour Sombre, assez différent de ce pourquoi il est célèbre, ses romans d’horreur comme Carrie, Shining ou Ça.

Cependant, j’ai été agréablement surpris par son avant dernier roman, Dôme : certes « page turner », mais aussi plutôt fouillé d’un point de vue politique et sociologique. King a trouvé le truc pour conserver un aspect hyper populaire et facile à lire à ses romans, tout en y insérant un degré de lecture plus profond.

Ceci étant posé, la motivation qui a fait que je me suis jeté sur son dernier roman, 22/11/63, tient surtout au thème : une histoire de paradoxe temporel autour de l’assassinat de JFK.

Petit résumé : Al, propriétaire d’un fast food, découvre dans son arrière boutique une sorte de passage secret temporel, qui l’emmène, lorsqu’il l’emprunte, toujours à la même date, en 1958. Persuadé que l’assassinat de JFK est un moment clé de l’histoire américaine, une sorte de point d’inflexion qui a entrainé de nombreuses catastrophes (dont la guerre du Vietnam), il fomente le projet d’empêcher cet assassinat. La particularité du « passage secret » est que celui qui l’emprunte en revient toujours deux minutes après l’avoir franchi, mais en ayant vieilli effectivement du temps qu’il a vécu dans le passé. Et aussi le fait que si on change quelque chose, ce changement est annulé si on retourne dans le passage ! Malheureusement, Al chope un cancer et sait qu’il n’atteindra pas le fameux 22 Novembre 1963 avant de mourir. Il revient donc une dernière fois dans notre présent et transmet sa quête à Jake Epping, un prof d’Anglais d’une trentaine d’années. La quête de Jake Epping est l’objet du roman, celui ci étant le narrateur de l’histoire.

Je suis bien obligé de séparer le roman en lui-même et son édition française. Commençons par l’édition française et le travail de cochon d’Albin Michel. J’ai un soupçon et une certitude.

Le soupçon, il concerne la traduction. Je veux bien que Stephen King ne soit pas Marcel Proust mais quand même ! Certaines phrases sont à la limite de la correction grammaticale. Et puis il y a ces choix de traduction : je doute fort qu’un mec d’une soixantaine d’années appelle un ami (certes plus jeune) « copain » (je suppose que dans le texte original, c’est « buddy ». Mais qui dit « copain », en français, en 2011 ? Je sais pas moi, « mon pote », « l’ami », mais pas « copain »). Quant à Jake Epping, il appelle sa copine « Pépette ». Son chiwawa, je veux bien, mais sa copine !!! Bon, je ne suis pas traducteur, et je n’ai pas le texte original sous les yeux. Alors ce n’est qu’un soupçon. Mais j’ai pesté contre moi-même tout le long de ma lecture parce que je ne suis capable de lire suffisamment bien l’anglais pour ne pas dépendre de sa mauvaise traduction.

Et ce n’est pas tout. Si, concernant la traduction, ce n’est qu’un soupçon, après tout il y a une part de subjectivité là dedans (enfin, « Pépette »…), concernant le fait que le livre a été relu par un analphabète ou un mal voyant, là, c’est une certitude. Je vous laisse juger.
« (…) c’était me trop demander » (p67)
« Il aurait malséant qu’elle m’invite » (p211)
« Le quartier des affaires du centre ville regorgeait de cadres tout ce qu’il y avait de plus urf se trimbalant dans l’attirail que j’en étais venu à appelle 4-pièces-Dallas »(p336, ici pas de coquille mais une « flamboyance » de traduction, avec le « urf », mot d’argot vieilli, présent dans un dictionnaire d’argot de 1907, et une phrase d’une élégance rare…)
« Elle le savait et paraissait en plus embarrassée que fière » (p383)
« Celle-ci débouchait sur un immense parking quasi-désert au revêtement d’asphalte disloqué parcouru par des boules d’amarante roule. » (p406, pas compris la fin de la phrase, je dois être con !)
Une autre occurrence de « urf » p 413… (« des disques totalement urf »)
« fouillant dans son sac à main à la recherche sa clé » (p422)
Bon, j’arrête le massacre… Ah non, une petite dernière, bien bonne : « Les heures d’entre 2 et 6 du matin étaient les meilleures » (p492)
Ceci n’est qu’un florilège… Si quelqu’un est intéressé chez Albin Michel, je veux bien lui lister toutes les coquilles que j’ai repérées. C’est quand même inimaginable que, pour un auteur qui « va tirer » probablement à plus de 100 000 exemplaires, la maison d’édition n’ait pas pu consacrer un peu d’argent à une relecture sérieuse. C’est de l’arnaque pure et simple !

Et pourtant… Et pourtant…. 22/11/63 est un roman extraordinaire. Envoutant. Il nous immerge totalement dans cette Amérique de la fin des années 50, début des années 60. Cette Amérique vue à travers un double prisme : les souvenirs d’enfance de King, qui ont tendance parfois à magnifier le passé, ou au moins le teinter d’une certaine nostalgie, d’une notion de « paradis perdu », et puis le regard de l’écrivain adulte de 2011, sans concession sur les discriminations raciales et l’étroitesse d’esprit de l’Amérique profonde, entre autres, ce qui lui évite de tomber dans l’écueil du « c’était mieux avant ». Les personnages sont hyper attachants et émouvants. Les lieux parcourus (Durham, Lisbon Falls) sont autant de traces autobiographiques, et c’est peut être pour cela qu’il se dégage une émotion si forte de ce roman. D’ailleurs, peut-être l’ambivalence sur l’époque est-elle aussi le reflet d’une ambivalence de l’auteur sur sa propre enfance, assez difficile selon sa notice biographique, ce qui n’empêche pas, parfois d’avoir de la nostalgie pour une part d’innocence perdue, ou je ne sais quels souvenirs (j’admets volontiers que cette hypothèse est un peu de la psychanalyse de comptoir, que j’assume totalement !).

L’histoire de voyage dans le temps, avec ses immanquables paradoxes temporels, est menée de main de maître. King a compilé une documentation impressionnante pour reconstituer la vie de Lee Oswald et l’a intégrée parfaitement à son histoire. Bien entendu, il y a un parti pris par rapport aux ombres de l’assassinat de Kennedy, qu’il explique dans la post face. Mais le roman n’a pas pour ambition de nous éclairer sur l’affaire (et c’est tant mieux !).

Malgré les 940 pages, malgré les coquilles, malgré le massacre de la traduction (ou peut-être le style de l’écrivain, je veux bien laisser le bénéfice du doute à la traductrice), difficile de lâcher l’ouvrage une fois sa lecture commencée. Et, lorsqu’on referme le livre, il y a une vraie tristesse de le quitter, parce qu’on s’y est attaché. Il se peut que j’ai un coeur d’artichaut, mais prévoyez quand même une petite réserve de Kleenex…

Roman traduit de l’Anglais (États-Unis) par Nadine Gassie
Paru aux Éditions Albin Michel

Publié dans Livres | Marqué avec , , | 8 commentaires

Accrétion. Stephen Baxter

Accrétion est le dernier roman du Cycle des Xeelees, de Stephen Baxter. Il vient de paraître aux Editions du Bélial. En VO, il a été publié en 1994, soit trois ans après Gravité, le premier tome du cycle, mais je pense que celui ci a été écrit bien avant. Je ne peux imaginer qu’en trois ans seulement, la plume de Baxter ait pris une telle maturité.

A dire vrai, lorsqu’on voit le nombre de daubes publiées chaque année, on ne peut que s’étonner que ce roman (comme le précédent, Flux) soit resté sans éditeur en France pendant presque vingt ans, d’autant qu’entre temps, Baxter s’est quand même fait un nom dans notre pays.

Accrétion est encore un cran au dessus de Flux, que j’avais déjà bien aimé (voir mon billet ici). Baxter nous amène dans un voyage d’une durée (cinq millions d’années dans le futur) et d’une distance (des centaines de millions d’années-lumière) époustouflantes.

Résumé, si tant est que ce soit possible : En l’an 3951, l’humanité se rend compte que le Soleil fonctionne de façon anormale : sa durée de vie théorique de plusieurs milliards d’années semble devoir se réduite à quelques millions d’années. Plusieurs énormes projets sont lancés pour comprendre le problème et essayer de trouver une solution. On envoie une Intelligence Artificielle en observation au coeur du soleil. Et un vaisseau spatial gigantesque est envoyé cinq millions d’années dans le futur, en effectuant un voyage de mille ans à travers un « trou de vers », une anomalie de l’espace temps. Mais sur de telles périodes, difficile de maintenait le cap, malgré les traitements anti-sénescences qui ont allongé notablement la durée de vie des humains…

Baxter nous entraîne dans ce voyage improbable avec une aisance déconcertante : on y croit, et il arrive à nous faire partager son enthousiasme et son émerveillement. Il déploie un réel talent de vulgarisation, en arrivant à expliquer des notions vraiment complexes. Je pense, d’ailleurs malgré son talent, être passé à côté d’un certain nombre d’entre elles, mais le fait de ne pas tout comprendre au niveau scientifique ne nuit ni à la compréhension de l’intrigue, ni au plaisir de lecture. Car Baxter s’attache avant tout à l’aventure humaine. Disparues les maladresses des deux premiers tomes du cycle : les personnages sont bien campés et ont une épaisseur psychologique certaine. Baxter, comme je le dis plus haut, en a fini avec ses gammes et maîtrise son art.

Bon, bien sûr, si la perspective d’un voyage au delà de la galaxie ne vous excite pas plus que ça, vous serez difficilement accroché par le roman. Mais Stephen Baxter est quand même un maître lorsqu’il s’agit de faire naître de l’émerveillement chez son lecteur.

Comme les trois premiers tomes du cycle des Xeelees, Accrétion peut se lire indépendamment. Il apporte, ceci dit, pour ceux qui ont lu les autres tomes, toutes les réponses aux questions que ceux ci pouvaient soulever, bouclant ainsi le cycle de façon vraiment astucieuse, et, encore une fois, avec une grande maîtrise.

Un recueil de nouvelles (Vaccuum Diagrams, en VO – Le Bélial l’annonce à paraître sous le titre Schémas du vide, que j’espère provisoire :) ) est relié à ce cycle.

Un dernier mot : je trouve la couverture, illustrée par Manchu, absolument magnifique. Un bel écrin ne gâche rien !

Roman traduit de l’Anglais par Laurent Philibert-Caillat
Paru aux Éditions Le Bélial

Publié dans Livres | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Tes yeux dans une ville grise. Martín Mucha

Les éditions Asphalte nous ont encore déniché un jeune auteur sud américain prometteur : Martín Mucha. Dans Tes yeux dans une ville grise, il nous fait partager le quotidien de Jeremias, étudiant pas vraiment convaincu par ses études, errant sans but dans la ville de Lima. Ses trajets quotidiens en bus, longs et inconfortables, sont l’occasion d’observer la ville, ses concitoyens, et de se souvenir. Des souvenirs d’une enfance pas très heureuse, à l’image de sa vie d’aujourd’hui, une vie dans laquelle il se sent pas trop à sa place. Difficile d’être heureux dans Lima, violente, dominée par les gangs, les mafias locales, et  gangrénée par la ségrégation sociale.

Né au Pérou, Martín Mucha l’a quitté et est maintenant journaliste en Espagne. Ce départ lui a donné probablement le recul suffisant pour écrire sur sa ville natale sans faire de concessions. Le portrait est brutal et désespérant.

L’écriture de Martín Mucha est percutante, concise, précise. Le livre, court, est composé de petits chapitres, donnant à l’ensemble un rythme infernal. On ne ressort pas tout à fait intact de cette lecture : inutile d’y chercher la moindre once d’optimisme.

Après ce premier roman superbe, on aura à coeur de suivre la carrière littéraire de Martín Mucha, auteur prometteur.

Roman traduit de l’Espagnol (Pérou) par Antonia García Castro
Paru chez Asphalte Editions

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | Un commentaire

Underground. Haruki Murakami

En ballade dans ma librairie favorite, sans idée précise d’achat, je tombe sur un « nouveau » Murakami : Underground. Étant fan absolu de l’auteur depuis une dizaine d’années (lorsqu’une amie m’a offert Chroniques de l’oiseau à ressort), je l’ai acheté sans me poser de questions.

Il se trouve que j’ai aimé ce livre (qui n’est pas un roman), et je vais dire pourquoi plus loin, mais plus j’ai avancé dans la lecture et plus j’ai été irrité par la démarche éditoriale des Editions Belfond.

Underground est né de la volonté de Murakami de donner un éclairage différent de celui des médias aux attentats simultanés du 20 Mars 1995 perpétrés par la secte Aum dans le métro de Tokyo. C’était, à l’origine, un livre compilant les témoignages de survivants de l’attentat, certains totalement rétablis, d’autre encore affectés par diverses séquelles. Ce document originel, qui s’appelait Underground, a dû paraître au Japon en 1997. J’emploie cette formule conditionnelle parce qu’en lisant le livre, on n’est pas sûr. Mais quoiqu’il en soit, ce que nous livre Belfond, à nous, lecteurs français, en 2013 est ce document d’origine enrichi d’une compilation d’interviews de membres de la secte publiées en 1997 dans un magazine Japonais.

On se retrouve donc avec un livre en deux parties, précédées chacune d’une préface de Murakami lui-même, mais sans aucune explication de l’éditeur. Qui a donné le titre Underground pour l’ensemble.

Ce que j’aurais aimé, c’est une préface générale de l’éditeur m’expliquant la genèse de cet ouvrage, et pourquoi il s’agit d’une traduction de l’anglais, alors que Murakami explique dans la préface de la deuxième partie que les interviews qui suivent sont parues dans un magazine Japonais…

Mon hypothèse est qu’on est en présence de la traduction d’une compilation effectuée par un éditeur anglais (en première page, il est signalé « publié par The Harvill Press, Londres »). Je trouve quand même bizarre de ne pas être parti du texte Japonais…

Enfin, si l’on garde un doute sur la démarche éditoriale, lisons la quatrième de couv.
« Livre d’entretiens mais aussi de réflexions philosophiques et autobiographiques, un essai indispensable pour décrypter l’oeuvre de l’auteur de 1Q84 (…)
Au fil des entretiens apparaissent tous les grands thèmes chers à Murakami (…) »

J’en ai vu des foulages de gueule, mais alors là, chapeau bas, Monsieur ou Madame Belfond ! En terme de réflexions autobiographiques, Murakami se contente de nous expliquer où il se trouvait au moment des attentats et comment il les a perçu. Quant à décrypter l’oeuvre de Murakami au travers de cet essai… Mais bon, il fallait citer 1Q84 pour surfer sur son succès.

La vérité est qu’il n’y avait aucune raison de déterrer ce texte aujourd’hui, et ça, c’est difficile à expliquer sur une quatrième de couv ! Ça n’empêchait nullement un minimum de respect du lecteur, en lui expliquant au moins l’historique du texte. (Et si Belfond veut vraiment vendre du papier grâce au nom Murakami, pourquoi ne pas publier ses deux premiers romans, inédits en France ?) Fin du coup de gueule.

Underground est cependant un texte passionnant. Et plus qu’un « Livre de réflexions philosophiques et autobiographiques », comme ils disent,  c’est surtout une radiographie du Japon assez effrayante. L’auteur accumule les récits de témoins qui nous dévoilent leur quotidien, fait pour la plupart de trajets en métro pour rejoindre leur travail dépassant allègrement l’heure. On est oppressé par le métro-boulot-dodo effectué dans une certaine résignation. Et puis il y’a l’horreur de ces attentats complètements insensés, surtout pour une population persuadée que le Japon était préservé de ce genre d’actes, qui ne pouvaient arriver qu’aux US ou en Europe. Quant aux témoignages d’anciens de la secte, ils sont parfaitement glaçants. Et on comprend que Murakami ait estimé que condamner les coupables n’était pas suffisant, et que la bonne question aurait été « Comment on en arrive là ? ». De ce qu’on comprend en filigrane de ses réflexions, cette question n’a pas été posée, ni par les médias, ni par la justice, ni par le monde politique.

Ce qui est étonnant aussi, c’est qu’on retrouve le style de Murakami, ce mélange de quotidien et de dérapage dans un univers quasiment fantastique, qui me plait tant dans ses romans. Sauf que là, le basculement n’est pas dans du fantastique, mais dans quelque chose de dramatiquement réel. Il n’en reste pas moins qu’on dévore les pages de ce document avec la même frénésie qu’un roman de l’auteur.

Document traduit de l’Anglais (donc…) par Dominique Letellier
Paru aux Éditions Belfond

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | 3 commentaires

Flux. Stephen Baxter

®Les éditions du Belial, continuaient, en 2011, à publier le Cycle des Xeelees, de Stephen Baxter avec Flux.

Comme je l’ai dit dans mes précédents billets sur ce cycle, j’ai été relativement déçu par les deux premiers tomes. Ce qui peut s’expliquer aisément, vu que ce sont les premières œuvres de l’auteur.

Flux est un roman beaucoup plus abouti. Totalement indépendant des deux premiers volumes du cycle, Flux se déroule dans un futur encore plus éloigné que Gravité. Baxter situe son roman au sein d’une colonie humaine, au cœur d’une étoile à neutrons. On découvre bien vite que l’humanité des habitants de cette étoile est toute relative. Ce qu’ils appellent Air semble être bien différent du mélange de gaz que l’on respire sur notre bonne vieille planète Terre, et leurs dimensions sont microscopiques. Sans trop déflorer le propos du roman, je peux quand même dire qu’on finit par découvrir que ce sont des êtres certes vivants, mais résultant de manipulations génétiques faites par des « vrais » humains pour les adapter à cet environnement pour le moins exotique.

Le ressort de l’intrigue est un peu similaire à Gravité. Lorsque le roman débute, l’environnement dans lequel évolue ces êtres se dégrade et perd de sa stabilité. Et c’est suite à une sorte de tempête qui détruit le campement où ils vivent, que trois d’entre eux entament un grand périple pour essayer de trouver de l’aide. Ils vont trouver une ville immense, et de fil en aiguille vont être amenés à redécouvrir les mystères de leur origine.

Ce roman est paru en 1993, soit deux ans à peine après Gravité. Et pourtant, en si peu de temps, Baxter a acquis une maîtrise parfaite de ses intrigues. Tous les défauts que je reprochais à ce premier roman ont disparu : les personnages sont crédibles, pas caricaturaux. La façon dont il amène aux lecteurs les éléments scientifiques est fluide, ce n’est jamais barbant. On n’est pas toujours sûr de tout comprendre mais cela ne nuit en rien à la compréhension de l’histoire. Et surtout, alors que c’est tout autant improbable, on y croit à fond.

J’ai retrouvé le grand Baxter, vertigineux et dépaysant à souhait ! De bon augure à quelques jours de la parution du dernier roman du Cycle : Accrétion.

Roman traduit de l’Anglais par Sylvie Denis et Roland C. Wagner
Paru aux Éditions Le Bélial

Publié dans Livres | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Bruits de bottillons et cris de haines

13 Janvier 2013. Un hasard m’amène à être aux alentours du Trocadéro sur les coups de 13 heures. Des flics, beaucoup. Des bus garés partout. Et une faible clameur de foule, heureusement encore loin. Je n’aurais pas aimé être mêlé aux fracas de la manifestation de la France catholique, haineuse et repliée sur elle-même. Pas aimé passer devant une église qui fait sonner les cloches au passage des manifestants. Pas aimé me mêler à ces élus UMP, qui, il y a quinze ans, manifestaient contre le PACS sans réagir aux slogans aussi distingués que « Les Pédés au bucher ». C’est le jour de gloire de Frigide Barjot, l’égérie médiatico-catholique, et de Christine Boutin.

Ils auront beau se réfugier derrière les enfants (qui ne leur ont rien demandé !), ce n’est que prétexte. L’égalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels leur arrache la gueule. Oh, ils n’ont rien contre « ces gens-là ». Mais qu’ils se montrent moins quand même ! Qu’ils restent discrets !

Alors, inutile de dérouler tous les arguments rationnels pour essayer de faire comprendre que cette histoire de Mariage pour Tous n’est ni la fin du Monde, ni Sodome et Gomorrhe (tiens d’ailleurs, je ne sais pas ce que vaut la fiche Wikipedia sur le sujet mais elle décrit ainsi le mythe : « Sodome est, avec Gomorrhe, détruite par le soufre et le feu, victime de la colère divine, parce qu’on y maltraite les étrangers (non-respect des lois de l’hospitalité) et les pauvres (non-respect des lois de la charité). Depuis l’empereur Justinien en 543, cet épisode a été utilisé pour justifier la répression de l’homosexualité. Une telle interprétation est présente chez plusieurs penseurs chrétiens (…) mais elle n’est pas fidèle au texte. » C’est assez cocasse !)

Dans six mois, on n’en parlera plus. Et, de la même façon qu’aucun gouvernement de droite ne s’est jamais attaqué au PACS une fois revenu au pouvoir, aucun gouvernement (démocratique s’entend), ne reviendra sur cette réforme là. Je vois mal Jean-François Copé, si par malheur il devenait un jour Président de la République, dé-marier des couples… J’entends parfois certains détracteurs du gouvernement dire que celui-ci utilise le Mariage pour Tous pour masquer ses revirements ou ses reculades sur bon nombre d’autres sujets. C’est peut-être en partie vrai. Mais alors pourquoi la droite s’est-elle lancée avec tant de force dans ce débat, ce qui augmente l’éventuelle fonction de pare-feu de cette réforme ? Peut-être cette droite là n’a-t-elle pas grand chose à proposer sur les sujets fondamentaux ?

On n’en parlera plus dans six mois mais il aura fallu supporter ce déferlement de haine enrobé dans un message soi-disant bienveillant. Il aura fallu supporter les « Après, ça a des quantités de conséquences qui sont innombrables. Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera ». de l’Archevêque de Lyon. Il aura fallu supporter que l’Eglise (et les autres religions) viennent se méler du code civil (on ne leur demande pas de marier des homosexeules dans leur foutues églises, nom d’un chien). Il aura fallu supporter d’être montré du doigt. Il aura même fallu en venir à défendre une institution dont parfois on se fout, le mariage. Parce que l‘égalité des droits ne se monneye pas.

Publié dans Politique | Marqué avec , | 9 commentaires

Singularité. Stephen Baxter

Deuxième roman de Stephen Baxter, paru en 1992, Singularité est le deuxième volume du cycle des Xeelees, que les éditions du Bélial ont entrepris de traduire en France à raison d’environ un volume par an (le quatrième roman paraitra en Février , et il restera à paraître le recueil de nouvelles qui est rattaché au cycle, Vaccuum Diagrams : sur le forum des éditions du Bélial, Olivier Girard, le big boss, annonce d’ailleurs qu’avant de sortir ce recueil, il publiera peut-être Anti-ice, un roman de Baxter de 1993 indépendant de tout cycle).

Singularité est un récit mieux maitrisé que Gravité, le précédent volume (chroniqué ici). Les personnages sont dépeints avec moins de naïveté, moins de stéréotypes. En revanche, j’ai encore été gêné par le niveau des concepts scientifiques utilisés, qui m’ont largement dépassés.

Comme je l’ai déjà dit dans mon post sur Gravité, le cycle des Xeelees est constitué de romans indépendants. En effet, il n’y a aucun lien entre Gravité et Singularité, si ce n’est qu’ils appartiennent à une vaste fresque du futur imaginée par Baxter (à laquelle se rattache aussi le cycle des Enfants de la Destinée, paru en France il y a déjà quelques années). On peut donc lire Singularité tout à fait indépendamment des autres romans.

Le roman commence à une époque où le système solaire est occupé par une espèce extra terrestre, les Qax, espèce découverte par les humains lorsqu’ils ont commencé à sortir du système solaire des siècles auparavant. Par l’intermédiaire d’un trou de ver (une « singularité ») généré près de Jupiter, des humains du futur vont essayer de déjouer l’invasion Qax, tandis que les Qax du futur vont tenter, en empruntant ce même trou de ver (ou un autre, j’avoue avoir pas bien compris !), de modifier le présent pour éviter, dans le futur, la destruction de leur système solaire. Le roman se déroule dans le temps relativement court où se rejoignent tous ces gens de différentes époques. Une bataille épique s’engage entre un vaisseau Qax (qui est en fait un organisme vivant), un vaisseau humain du futur englobant le véritable site de Stonehenge, et un  vaisseau humain du présent. Pour compliquer le tout, l’une des passagères du vaisseau du futur est l’ex-du pilote du vaisseau du présent. Je me rends bien compte que mon résumé est embrouillé,  c’est pas très étonnant, c’est précisément ce que j’ai ressenti en lisant le roman !

Le dépaysement est garanti, c’est assez ramassé (moins de 250 pages), mais je trouve qu’il est assez difficile de trouver une juste position de lecteur. C’est du divertissement pur, du coup, on n’a pas envie de se prendre la tête et on risque de passer à côté des détails de l’histoire, car en fait, ce roman nécessite une lecture très attentive pour ne pas se perdre dans les méandres temporels (sans compter les explications scientifiques hyper compliquées).

Pourtant fan absolu de l’auteur, j’avoue du coup avoir été un peu déçu. Peut-être est ce dû au fait d’avoir lu tout le reste de son oeuvre avant de m’attaquer à ce cycle, qui appartient à la jeunesse de l’auteur. J’ai bon espoir de trouver un bonheur de lecture complet avec les deux prochains volumes du cycle. Je commence Flux bientôt. Accrétion, le quatrième volume, parait le 14 Février, et sa couverture, superbe, me fait déjà saliver…

Roman traduit de l’Anglais par Pierre-Paul Durastanti
Paru aux Éditions Le Bélial

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

L’impayable M. Cahuzac

Il y a quinze mois, le Parti Socialiste organisait ses Primaires Citoyennes. Je trouve pas inintéressant de se repencher sur les résultats du Premier Tour de cette consultation . En effet, les gens consultés constituent logiquement le socle des sympathisants de l’actuel Président de la République et on répétait alors, à cor et à cri, que ce dernier allait tirer une légitimité populaire de ladite consultation. Un seul candidat se réclamait ouvertement du social-libéralisme, Manuel Valls : il est arrivé avant dernier de la consultation, avec 6% des voix. Montebourg, sur une ligne diamétralement opposée, faisait 17%. Martine Aubry, qui reprenait intégralement à son compte le programme officiel du PS (peu teinté de social-libéralisme), 30%. Hollande, lui, a fait 39% à ce premier tour, et il nous a fait un numéro comique quelques mois plus tard sur « son ennemi, la finance » (comique en regard de la politique qu’il mène depuis plus de six mois). Bref, tout ça pour dire qu’il était à peu près clair, que, le social-libéralisme (c’est à dire, osons quand même appeler un chat un chat : la politique appliquée par Nicolas Sarkozy pendant cinq ans, teintée en rose par des mesures sociétales moins crispées) n’était pas l’idéologie que la majorité des candidats aux primaires, et a fortiori la majorité des sympathisants socialistes, voulait voir dominer.

Il fut donc plus que surprenant d’entendre Jérôme Cahuzac, à la télévision lundi soir, se revendiquer du social-libéralisme, dans une émission dans laquelle il représentait le gouvernement. Encore plus surprenant de voir la politique du gouvernement défendue, sur quasiment tous les plateaux de télé par le même Cahuzac ou par Manuel Valls,  et ce depuis des semaines.

Lors de la même émission de télé, Cahuzac a déclaré « La lutte des classes, je n’y ai jamais cru ». Jérome Cahuzac a adhéré au PS en 1977. La lutte des classes était inscrite dans la doctrine du PS jusqu’en 1990. Alors, qu’y faisait-il ? A part un plan de carrière, je veux dire ? Je me permets d’insister, il n’a pas dit « je n’y crois plus », mais « je n’y ai jamais cru » !

Aucune voix forte du gouvernement n’est venu s’opposer à ces déclarations. Sont-ils conscients que, malgré la détestation pour Nicolas Sarkozy, si Hollande s’était présenté  devant les français avec un programme social-libéral en mai dernier, il aurait fait 45% au second tour ? La moindre des choses aurait été de venir courageusement nous dire qu’ils avaient changé d’avis. Ou qu’ils s’étaient trompés dans leur analyse.

Inutile de changer le dispositif de communication de l’Elysée, comme Hollande vient de le faire (avec Sérillon en renfort). L’impopularité du pouvoir actuel n’est pas un problème de communication, c’est un problème de fond. C’est un problème de manque de courage, de manque de fidélité par rapport aux promesses de campagne. Un fort sentiment d’avoir été trompé.

Pour revenir sur M. Cahuzac, une chose est sûre, c’est qu’il est malhonnête. Je ne parle pas de son éventuel compte en suisse, il est présumé innocent, la justice tranchera, maintenant qu’une information judiciaire est ouverte (on peut juste s’étonner qu’un ministre chargé de lutter contre la fraude fiscale reste en place alors qu’il est visé par une enquête pour blanchiment de fraude fiscale). Non, Cahuzac est malhonnête intellectuellement (ou alors il nous prend pour des cons) quand il nous dit que la réforme fiscale a eu lieu, et qu’on n’y reviendra plus durant le quinquennat. Certes, le candidat Hollande a toujours été flou sur la réforme fiscale du programme du PS (qui préconisait la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG), mais enfin, il ne s’est jamais prononcé contre non plus. Et appeler réforme les trois bricolages fiscaux qui ne changent rien au manque de progressivité de l’impôt sur le revenu et à son trop faible rendement, c’est vraiment du foutage de gueule.

Pour remplacer la fameuse mesure esbrouffe d’un taux de 75% sur les revenus très élevés, François Bayrou vient de proposer un taux marginal de l’impôt sur le revenu à 50%, ce qui rapporterait beaucoup plus que la taxe exceptionnelle de 75% dont on ne sait toujours pas comment le gouvernement va la rendre acceptable par le conseil constitutionnel. Chiche ? Si le gouvernement se fait doubler par la gauche par Bayrou, ça va devenir franchement inquiétant.

Publié dans Politique | Marqué avec , , , , | 2 commentaires

Qu’avons-nous fait de nos rêves ? Jennifer Egan

Qu’avons nous fait de nos rêves ? de Jennifer Egan est un roman qui m’est arrivé dans les mains par le miracle des cadeaux de Noël. Le risque avec les cadeaux, c’est que ça peut être un vrai drame, du genre le dernier Marc Levy ou Romain Sardou. Mais ça peut aussi être une excellente surprise, si cela permet de lire un livre qu’on n’aurait jamais acheté soi-même. Celui-ci est de la deuxième catégorie.

Qu’avons nous fait de nos rêves ? est quasiment un fix up, c’est à dire une suite de nouvelles dont la cohérence forme une histoire complète. Le roman nous raconte l’histoire d’une bande d’adolescents des années 70, dont le rêve est de devenir des rock stars, puis ce qu’ils deviennent dans les années qui suivent. Comme le titre le laisse entendre, une partie de leur vie sera une suite de renoncements, comme pour chacun d’entre nous, je suppose, et c’est ce qui donne un résonance particulière à leur histoire, même si on n’a jamais rêvé de devenir rock star. Chacun des chapitres se déroule à une époque différente, et l’évolution du récit ne se fait pas chronologiquement. C’est donc à un véritable puzzle que l’on est confronté, chaque chapitre étant une pièce d’une histoire qui se construit dans un apparent désordre. Jennifer Egan pousse le côté expérimental jusqu’à écrire tout un chapitre sous forme de tableaux et d’organigrammes, supposés être la forme favorite d’expression d’une ado du futur.

Je me rends compte que ma présentation peut laisser penser qu’on a là un objet totalement expérimental, ce serait oublier un peu vite l’écriture superbe de Jennifer Egan, pleine de nostalgie et d’émotion et ses personnages attachants, la plupart bien barrés. C’est un roman addictif, qu’on a du mal à lâcher une fois qu’on l’a commencé.

Ce roman a remporté le prix Pulitzer en 2011.

Roman traduit de l’Anglais (États-Unis) par Sylvie Schneiter
Paru aux Éditions Stock, collection La Cosmopolite

Publié dans Livres | Marqué avec , , | Un commentaire

Gravité. Stephen Baxter

Gravité est le premier roman de Stephen Baxter, publié en 1991, mais traduit en 2008, alors que l’auteur est maintenant bien connu en France. C’est aussi le premier roman du Cycle des Xeelees (prononcer Zili), que les éditions du Bélial ont commencé de publier en 2008, et qui va (presque) s’achever avec le quatrième volume en février prochain. J’écris « presque » parce que ce cycle comprend également un recueil de nouvelles, à paraître chez le même éditeur en 2014 ou 2015.

Fidèle à ma tradition, je ne lis pas les cycles au fur et à mesure de leur parution, mais de façon ramassée lorsque le dernier volume parait. Pour ce cycle-là, c’est pas franchement nécessaire, étant donné que les quatre romans sont indépendants. Mais c’est quand même ce que j’ai fait !

Gravité est ce qu’on peut appeler un roman de jeunesse, avec les défauts inhérents à une première oeuvre. Les personnages sont assez peu fouillés, ils changent un peu trop vite ; les situations sont parfois téléphonées ; et Baxter n’a pas encore sa maîtrise future de l’écriture, ce qui fait qu’on est souvent perdu dans des descriptions compliquées.  Surtout, le récit est parfois noyé dans une complexité scientifique, mélange que Baxter saura plus tard mieux maîtriser.

Il n’en reste pas moins que les qualités qui font que j’aime beaucoup Stephen Baxter sont déjà là. On est plongé dans un univers absolument merveilleux, pas dans le sens de superbe, mais dans le sens de dépaysant. C’est agréable à lire, et les personnages sont attachants.

Le roman nous projette dans un très lointain futur, dans 100 000 ans, au milieu d’une communauté humaine issue d’un vaisseau spatial qui s’est perdu, des années auparavant, dans une nébuleuse. Là, les lois de la physique, et particulièrement la gravité sont modifiées. Mais la nébuleuse se meurt, et à moins d’en sortir, les humains qui y vivent sont aussi condamnés.

Gravité est un roman qui existe tout seul. Ce n’est pas une introduction ou une mise en place du cycle. On l’insère dans le cycle des Xeelees parce que Baxter a imaginé l’histoire future sur des millions d’années et, dans cette chronologie, a inséré la plupart de ses romans. Celui ci n’est pas pas indispensable, mais c’est un un excellent hors d’oeuvre avant les autres tomes du cycle. Une fois de plus, je suis ravi des choix éditoriaux des éditions du Bélial, qui nous permettent de lire en français, dans une excellente traduction, une série de romans qui n’avait jamais été traduits jusqu’ici.

Roman traduit de l’Anglais par Guillaume Fournier
Paru aux Éditions Le Bélial

Publié dans Livres | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire