Moi, Président de la République

Il y a des naufrages tragiques, mais parfois, certains ont un goût de revanche. Après cinq ans d’arrogance, de mépris, d’invectives, d’insultes, de clivages, de mensonges, d’abaissement d’une certaine notion de la dignité et de l’honneur, voir Nicolas Sarkozy prendre un bouillon hier soir a été réellement une jouissance.

Sans pour autant se faire d’illusion sur la capacité de Hollande à lutter contre les forces terribles qui gangrènent la société (poids des lobbys, omniprésence de la finance…), on peut espérer au moins pour les années à venir un quinquennat digne, une certaine moralisation de la vie publique et une aération du climat, qui devenait franchement malsain.

(Et puis, après la coupe de champagne sur la table de Chazal en 2007, voir la gueule du staff de TF1 + celle de Copé, Morano et consors en direct va être un grand moment).

Il reste bien sûr à aller voter, mais, contrairement à ce que veulent nous faire croire les tenants du cirque médiatique, si friands de suspens, cette élection est bel et bien pliée depuis longtemps.

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Le crâne parfait de Lucien Bel. Jean-Philippe Depotte

Le crâne parfait de Lucien Bel, troisième roman de Jean-Philippe Depotte, a pour cadre La Commune de Paris. Lucien Bel, « soldat qui ne tue pas », comme il se définit lui même, au retour du front Alsacien, est affecté au désarmement des canons Parisiens. Après une altercation, il se retrouve à l’hôpital, gravement blessé à la tête. Le récit bascule alors dans le fantastique, Lucien apprend peu à peu ce que lui a fait subir le chirurgien Jean-Baptiste Delestre, aux théories fantasques. Il se retrouve enrôlé, un peu par hasard, dans l’aventure communarde, tout en essayant de garder intact son credo pacifiste. Aventure qu’il va vivre par intermittence, ses périodes de réveil étant interrompues par de longues périodes de coma.

Jean-Philippe Depotte dépeint une Commune loin de l’image d’Epinal (un peu romantique) que l’on peut en avoir. (Quand on en a, l’épisode étant assez absent de nos livres d’histoire). C’est une Commune vue du peuple, peuple considéré comme quantité négligeable autant par les Versaillais que par les dirigeants de la révolte. Il mêle à ce cadre une histoire fantastique aux accents d’un Gaston Leroux ou d’un Gustave Lerouge (ça m’a évoqué la poupée Sanglante, du premier nommé), ces auteurs de romans populaires nés autour de la période en question. Cette filiation se retrouve y compris dans le style.

L’écriture de Depotte a un côté trop lisse, trop propre, trop net, que j’avais déjà noté dans Les démons de Paris, son premier roman. Mais ce n’est pas rédhibitoire. Le crâne parfait de Lucien Bel se lit d’une traite, autant pour son évocation des événements tourmentés de ce tournant du XIX° siècle que pour la quête de Lucien pour comprendre qui il est vraiment. L’excellent divertissement du récit d’aventure n’élude en rien le tragique de l’Histoire. Le roman est d’ailleurs fortement teinté du noir du pessimisme : si des lueurs apparaissent dans l’humanité de certains personnages du roman, elles sont balayées par la machine toute puisante des idéologies manipulant les masses.

Paru chez Denoël

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Bla Bla Bla

Pour clôturer une campagne électorale au ras des pâquerettes, qui n’a abordé à peu près aucun des grands enjeux du moment, nos chers médias n’ont rien trouvé de mieux que de parler quasi exclusivement, ces deux derniers jours, d’un sujet hautement primordial : l’éventuelle publication des estimations des résultats du scrutin avant 20 heures. Le climax du débat étant la position du Président en exercice, jeudi matin, sur Europe 1 : le garant constitutionnel du respect de la loi s’est dit « pas choqué » par cette éventuelle publication, au prétexte que nous avons des règles d’un autre siècle. Ce monsieur est certes un habitué du non respect des règles, concernant, par exemple le financement de ses campagnes électorales… Mais il oublie aussi, qu’en tant que chef de l’exécutif ces cinq dernières années, il avait tout loisir de modifier les règles, si elles étaient si mauvaises… Une habitude là aussi, il fustige les 35 heures depuis plus de 10 ans, mais ne les abroge pas.

Tout ceci est une mascarade. Pour une raison très simple. Il existe deux lois très simples à faire voter pour arrêter immédiatement toute polémique, et, en plus, faire respecter l’esprit de la loi, qui est, rappelons le, de faire en sorte de respecter l’égalité de tous les citoyens devant le vote, et de ne pas fausser la sincérité du scrutin.

1/ Faire fermer tous les bureaux de vote à la même heure. Disons 20 heures, si on estime que fermer avant dans le grandes villes peut favoriser l’abstention. Les estimations étant basées sur les premiers bulletins dépouillés, cela empêche de fait toute estimation avant 20 heures. Une loi a été votée en ce sens au Sénat, et n’attendait qu’une chose : que l’exécutif la mette à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale (ou que l’Assemblée s’en saisisse, comme elle peut désormais le faire), ce qui n’a pas été fait !

2/ Pour empêcher que les entreprises de sondage ne remplacent les estimations par des sondages « sorties des urnes », il suffit d’interdire tout sondage entre le samedi 0h01 et le dimanche 20h. Oui, interdire. Il existe des tas d’interdits, dans notre société. Quel droit est-il supérieur : celui d’entreprendre ou le respect de la démocratie ? Avec ce deuxième point, plus aucune polémique, ni de diffusion sur Twitter, ni de publication par la presse étrangère. Les entreprises de Sondage font leurs estimations à partir de 20 h, ce qui veut dire que les premières estimations tombent vers 20h45 ? Patienter trois quarts d’heure, est-ce trop demander ?

Tout ça pour dire que s’il y avait une réelle volonté de mettre ces polémiques de côté, il serait facile de le faire. Et, comme à chaque fois, on ne peut que poser la question : à qui profite le « crime » ?

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Ces 600 milliards qui manquent à la France. Antoine Peillon

Quelque chose ne prend pas dans cette campagne électorale. Certains la trouvent ennuyeuse, d’autres nullissime ! Je n’ai pas d’avis particulier, juste un ressenti : je suis incapable de m’y intéresser totalement.

Et puis, en refermant le livre d’Antoine Peillon (après l’avoir lu !), j’ai compris. Comment se passionner pour les sujets de fond de cette campagne alors qu’ils sont complètement faussés par des paramètres qui nous échappent ? Selon l’enquête du journaliste de La Croix (qui n’est pas un révolutionnaire Melanchonniste, faut-il le préciser), une enquête sérieuse et documentée, 10% du patrimoine français est abrité dans des paradis fiscaux, ceux-là même que notre cher président a décrété avoir terrassé. Et, encore plus fort, tous les organismes chargés de détecter cette évasion fiscale sont au courant, mais la Justice n’est jamais saisie. Pour être clair : en tenant compte de la fiscalité du patrimoine, ces 600 milliards dans la nature sont un manque à gagner énorme pour le budget de l’Etat. Alors, à quoi bon discuter de la façon de résoudre les déficits dans ces conditions ? Lisez le livre d’Antoine Peillon, vous en apprendrez de bien belles sur les mécanismes qui lient l’évasion fiscale des puissants et le financement opaque de l’UMP… Avec, en bonus, pour ces gentils donateurs, une largesse fiscale appliquée à la partie visible de leur fortune (cadeaux fiscaux estimés à 77 milliards depuis 2007). Hollande va devoir nous démontrer qu’il est prêt à affronter ces problèmes à bras le corps. Je n’y crois guère.

L’enquête d’Antoine Peillon est parue aux Éditions du Seuil

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Lointain souvenir de la peau. Russell Banks

Comme je ne lis jamais un livre totalement par hasard, il est quand même extrêmement rare que je déteste un livre que j’ai lu. Mais, à l’inverse, c’est pas tous les jours qu’en refermant un bouquin, je me dise « Putain, c’est ENORME ! »

Lointain Souvenir de la Peau, de Russell Banks, entre dans la catégorie, des « Putain, c’est énorme ! ». Plongeant à nouveau dans cette Amérique de la marge, cette Amérique désespérante par bien des côtés, Banks dresse le portrait d’un jeune marginal, Le Kid. Marginal parce qu’il est inscrit sur le fichier des délinquants sexuels. Il ne peut donc pas trouver de logement, parce qu’interdit de se domicilier à moins de 800 mètres d’une crèche, d’une école, ou d’une habitation où il y a des enfants (autrement dit partout, en zone urbaine). Il peut difficilement trouver un travail, puisque le fichier est consultable par tout un chacun, sans faire mention du crime commis. Il ne peut faire sa vie ailleurs, puisque son bracelet électronique implique qu’il ne sorte pas du Comté dans lequel il a été jugé.

Si c’est une ordure, un maniaque sexuel pédophile, pourquoi s’en soucier, me direz vous ? Et bien c’est tout le propos du roman. On va vite découvrir que Le Kid est le pur produit de la société Américaine, qui, non contente de mener une politique sécuritaire aberrante et sans résultat, est aussi une machine à créer de toutes pièces des coupables.

Le Kid va, lumière d’espoir, croiser la route, du Professeur, un prof de sociologie à la personnalité excentrique. Banks nous laisse l’espoir que, dans cette société complètement folle, des lueurs d’humanité existent encore. Et Le Kid, qui doit cheminer vers sa propre humanité peut, peut-être, s’appuyer sur ces rares lueurs.

C’est brillant, c’est émouvant, c’est toujours juste. On peut toujours, face à la criminalité (quelle qu’elle soit), fermer les yeux sur les raisons qui font que notre société actuelle est un terrain hyper fertile pour ces criminalités (ça vous rappelle rien ?). On peut aussi essayer de regarder la vérité en face, crue, tragique. On n’excuse alors rien, mais on essaie de réfléchir, de dévier légèrement le bateau à l’inertie énorme. C’est ce que, modestement, à sa place d’écrivain, avec ses mots percutants, Banks fait. Il ne nous ment pas, il ne nous leurre pas : il y a peu de raisons d’espérer. Mais les lueurs existent encore.

« Une putain de claque », un grand roman. Russell Banks s’affirme comme l’un des plus grands écrivains américains vivant.

Roman traduit de l’Américain par Pierre Furlan
Paru chez Actes Sud

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Zendegi. Greg Egan

Greg Egan est un écrivain australien, qui écrit principalement de la hard science (qui n’est pas de la science porno, mais une branche de la science-fiction qui fait la part belle à la science dure). Egan est très réputé pour ces nouvelles mais ses romans n’ont pas beaucoup de succès en France. Après Robert Laffont (trois romans), puis Denoël Lunes d’Encre (un seul), c’est Le Bélial (éditeur de l’intégrale de ses nouvelles en trois tomes, que je recommande vivement) qui reprend le flambeau.

Zendegi paru en VO en 2010, vient de paraître en France. C’est un roman d’anticipation. Le roman se déroule sur deux périodes : en 2012, une révolution en Iran renverse le régime des Mollahs et une démocratie s’installe. On suit deux personnages : un journaliste australien, et une scientifique américaine née en Iran et qui en est partie enfant, lors de la révolution qui a renversé le Shah. Celle-ci travaille sur la cartographie du cerveau et décide de rentrer dans son pays d’origine à l’occasion de la révolution (celle de 2012). Deuxième période : 15 ans plus tard. Le journaliste s’est marié en Iran et a eu un enfant. La scientifique travaille pour une firme de jeu vidéo. Je préfère ne rien dire d’autre pour ne pas déflorer certains pans de l’histoire (je trouve déjà que la quatrième de couv en dit un peu trop, et je suis ravi de ne pas l’avoir lu avant de lire le livre !).

Zendegi est beaucoup moins « hard science » que les précédents romans de Egan. Beaucoup plus accessible, beaucoup plus humain. C’est une plongée dans un Iran du futur très réaliste (même si il est par certains côtés très optimiste). Les personnages sont très attachants, l’histoire passionnante. Ça se lit quasi d’une traite. Sans renoncer aux réflexions sur l’avenir de la science et de l’humanité, Egan, en étant moins abscons que par le passé, écrit ici un roman certes moins ambitieux d’un point de vue de la prospective scientifique, mais excellent à tout point de vue. A l’heure où l’anticipation devient un genre largement mineur (en terme de quantité de parution) des littératures de l’imaginaire, les fans de cette littérature doivent se jeter sur Zendegi.

Roman traduit de l’Anglais (Australie) par Pierre-Paul Durastanti
Paru aux Éditions Le Bélial

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Le Glamour. Christopher Priest

Le Glamour est un roman relativement ancien de Christopher Priest (1985), paru à l’époque en France sous le titre Le Don. L’auteur a réécrit ce roman en 2005, et une nouvelle traduction a suivi, avec un titre plus proche de la version originale.
Le Glamour est dans la veine de La Séparation, qui est, selon moi, le chef d’oeuvre de Christopher Priest. Réalité incertaine, souvenirs recomposés… La filiation avec Philip K Dick est évidente, et ce n’est pas faire insulte à l’auteur que d’y faire référence !

Le roman raconte l’histoire, sous plusieurs points de vue, d’un journaliste, Richard Grey, qui survit à un attentat à la voiture piégée dans les rues de Londres. Atteint d’amnésie, il commence à retrouver l’accès à sa mémoire lorsque son ancienne petite amie, Sue, vient lui rendre visite dans la maison de repos où il est soigné. Richard nous raconte alors un voyage dans le Sud de la France qu’il a fait avec Sue avant l’accident. Puis Sue raconte à son tour un voyage, mais ce n’est pas en France, mais en Grande Bretagne. Et puis il y a Niall, l’ancien amant de Sue, qui est présent tout au long de l’histoire. Lequel des deux voyages est réel, qui est vraiment Niall ? J’avoue, pour ma part, ne pas être certain des réponses, une fois arrivé à la fin de la lecture ! Priest joue avec les détails pour nous donner des pistes, mais s’évertue aussi à nous perdre à chaque fois qu’on s’imagine avoir compris.

Le Glamour fait partie de ces oeuvres (romans ou films) qu’on a envie de reprendre à zéro une fois finies pour débusquer le détail qui nous a échappé. Sans pour autant que cela ne limite le plaisir de lecture. L’écriture de Priest est fluide et précise, il instille du fantastique de façon toujours très subtile, si bien qu’on ne peut jamais dire vraiment s’il s’agit de fantastique ou de dérangement mental des personnages, et c’est là que la référence à Dick est la plus forte.

Même s’il n’arrive pas au niveau de La Séparation ou Le Prestige, ses deux romans les plus respectés, Le Glamour est d’un niveau tout à fait correct et mérite qu’on s’y arrête.

Roman traduit de l’Anglais par Michelle Charrier
Paru chez Denoël Lunes D’encre (
disponible en poche chez Folio SF)

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Fukushima, un an après

Triste anniversaire demain : Tsunami au Japon et catastrophe nucléaire, c’était il y a un an. Les nucléocrates rivalisent de mauvaise foi pour minimiser la catastrophe. On entend ici ou là que l’accident nucléaire n’a pas fait une seule victime, et surtout, qu’en France, la sûreté des installations nucléaires est d’un tout autre niveau. Il y a 25 ans, après la catastrophe de Tchernobyl, les même nous expliquaient que jamais, un accident ne se produirait dans un pays comme le notre. Les mêmes qui nous assuraient en 1979, après l’incident de Three Miles Island, que notre technologie était plus sûre que la technologie américaine.

Mais voilà, nous sommes drogués à l’electricité. Pour justifier le programme électro-nucléaire français, on équipe depuis 40 ans la plupart des logements neufs de système de chauffage à l’électricité. D’autre part, en minimisant les coûts futurs de démantèlement des centrales, on a en France un prix du kWh inférieur à la moyenne européenne. Ce système s’est mis en place en toute opacité, sans aucun débat public. Et on veut maintenant nous persuader qu’on ne peut plus revenir en arrière.

Or, l’accident de Fukushima a fait exploser le mythe savamment entretenu de l’impossibilité de l’accident nucléaire dans un pays hautement développé et démocratique (par opposition à l’URSS de 1986 !).

À part le fait de fournir abondamment notre dose quotidienne de la drogue électricité, aucun argument pro-nucléaire ne tient longtemps. On nous dit que le charbon a plus tué que le nucléaire, que les accidents sont très rares et sont des cas particuliers. On parle d’indépendance énergétique. On oublie quand même de dire que les accidents nucléaires ne sont pas des accidents comme les autres. Par la nature même du nucléaire, on en prend à chaque fois pour des milliers d’années. La vérité est qu’on ne sait pas vraiment décontaminer les zones affectées par ces accidents. Alors, on ferme les yeux sur les cancers des enfants qui vivent encore dans les zones contaminées par Tchernobyl, on ferme les yeux sur l’urine radioactive des gosses vivant dans une zone d’un rayon de 200 km autour de Fukushima. Dans 20 ans, les cancers prolifèreront, on noiera ces statistiques parmi d’autres et on se lamentera sur ce fléau mondial qu’est le cancer.

L’argument de l’indépendance énergétique est bien entendu fallacieux vu qu’on importe l’intégralité de l’uranium utilisé dans les centrales.

Et les déchets ? Depuis quarante ans, on nous dit « ne vous inquiétez pas, la science va faire de progrès, on va réussir à les traiter ». On n’a pas avancé d’un pouce sur le sujet. Résultat, on va commencer à enfouir des déchets pour des dizaines de milliers d’années. Comment peut-on imaginer qu’on peut suivre la sécurité de ces enfouissements sur une durée si longue ? (si on remonte de 10000 ans en arrière, on arrive au début de l’humanité sur Terre !!!).

Malheureusement, en France, à part les écolos, personne ne comprend les enjeux d’une éventuelle sortie du nucléaire. Le Parti Socialiste, qui, depuis Fukushima, a fait son aggiornamento sur le sujet, fait mine de croire qu’on peut diminuer la part du nucléaire en France sans transformer en profondeur nos modes de consommations. Pourtant, c’est bien de ça qu’il s’agit. La vérité est très simple : on ne pourra pas continuer à consommer autant d’énergie que nous le faisons aujourd’hui. Face à cette évidence, deux attitudes. La fuite en avant, en espérant que la rupture se produira suffisamment loin dans le futur (pour un politique, « loin dans le futur », ça veut dire après la fin de son mandat, donc à très court terme !!). Ou bien commencer dès aujourd’hui à jouer à la fois sur la modification de notre mix énergétique, et à faire de économies d’énergie. L’un ne va pas sans l’autre.

Voilà encore l’un des enjeux auquel on va passer complètement à côté, au cours de la campagne présidentielle minable qui se déroule sous nos yeux.

Cet enjeu, il dérange beaucoup. Les intérêts financiers autour du programme électronucléaire sont énormes. Pour ne pas en parler, la stratégie est simple : décrédibiliser la candidate écolo, Eva Joly. Son accent, son physique, tout y est passé. Et si on écoutait un peu ce qu’elle avait à dire ? Et lui répondre sur le fond, si on n’est pas d’accord, ce qui, en démocratie, devrait être un fonctionnement naturel. Mais il faut croire qu’il existe bien peu d’arguments rationnels à lui opposer…

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Des clous. Tatiana Arfel

HT, Human Tools, est une entreprise de conseil comme il en existe quelques unes. Elle vend à de grosses sociétés des méthodes pour gagner plus et mieux : délocaliser, licencier… Bien entendu, elle applique en interne les procédures qu’elle vend à ses clients. Souvent, même, elle teste les méthodes en interne avant d’en faire un produit à proposer à sa clientèle.

Ainsi, un matin, la DRH fraîchement diplômée convoque-t-elle six employés de HT à un séminaire de remotivation. En fait de remotivation, on découvre très vite que le but du séminaire est de se débarrasser des six salariés en question, soit en les acculant à la démission, soit en les poussant à la faute lourde !

Tatiana Arfel, jeune auteure dont c’est ici le deuxième roman, décrit très justement l’inhumanité quotidienne du monde du travail globalisé, en faisant parler tour à tour les acteurs du drame. L’action se déroule au travers de leurs récits successifs, de leurs folies, de leurs failles, de leurs espoirs, de leurs désespoirs surtout, sans jamais oublier le point de vue des bourreaux mais aussi des spectateurs passifs. Le propos est parfois caricatural, mais la caricature est juste là pour souligner les travers du monde du travail d’aujourd’hui. Par ailleurs, plus le récit avance et plus on s’éloigne de la caricature, et, sur la fin, l’auteure évite tout à fait de sombrer dans une histoire manichéenne, donnant de fait une force certaine aux personnages et à la peinture de la société d’aujourd’hui.

Sans avoir l’air d’y toucher, Tatiana Arfel tricote une critique violente du monde du travail, et, au delà, de l’organisation globale du monde, où, peu à peu, on veut évacuer l’humain. Certains nous expliquerons que « c’est comme ça, on peut pas aller contre l’évolution du monde ». Peut-être… Mais cela n’empêche pas de regarder la vérité en face !

L’écriture de Tatiana Arfel repose sur les voix de ses personnages, qui sont parfaitement captées et retranscrites. C’est à un concert de ces voix auquel on est invité, un concert pas toujours harmonieux, mais, vu le sujet, le contraire aurait été étonnant. Cela donne un roman à la forme audacieuse, très réussi.

Paru chez José Corti

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Après la Grèce, à qui le tour ?

Alors que les dirigeants européens s’auto-congratulent, les Grecs pleurent. Alors que les dix plans d’austérité successifs qu’on a fait subir à ce pays n’ont fait que l’enfoncer dans une récession dont il n’est pas près de ressortir, pourquoi est-on soulagé ? Parce qu’on vient de trouver un accord qui va permettre de prêter à la Grèce de quoi payer sa prochaine échéance…

On trouvera ici une analyse un peu différente de celles que l’on trouve dans la quasi totalité de nos journaux, et dont la qualité n’est pas juste d’être différente, mais d’être basée sur des faits et non sur des fantasmes. Je profite de l’occasion pour conseiller vivement la lecture du blog d’Olivier Berruyer, ainsi que la lecture de son livre, qui permet de comprendre réellement les enjeux de la crise.

Au travers de ce qui se passe en Grèce, nous voyons au grand jour deux mécanismes assez caractéristiques de la façon dont on règle les problèmes :
1/ Maximisons les profits privés, mais, dès qu’il y a des déficits, arrangeons nous pour les faire porter sur la collectivité
2/ Faisons payer les conséquences de la crise à ceux qui n’y sont pas pour grand chose.

Puisque nous avons quasiment colonisé la Grèce, en la privant d’une grande part de sa souveraineté, on aurait pu, quand même, faire en sorte qu’elle réduise drastiquement son budget militaire et que les fortunes grecques qui sont abritées en Suisse participent au redressement du pays. Mais il n’en sera rien. On préfère supprimer des fonctionnaires, tailler dans les retraites et augmenter les impôts de ceux qui en payent déjà parce qu’ils n’ont pas les moyens de frauder massivement. Comme au bon temps des plans de redressement que le FMI infligeait aux pays sous développés, avec pour seule conséquence la misère toujours plus grande. La devise de l’idéologie financiariste qui a envahi notre quotidien est « Mort oui, mais guéri ! ».

En attendant, le problème de la Grèce n’est réglé que pour quelques mois, et ce n’est qu’un début !

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Adieu Libé

Ce matin, ma boîte aux lettres était vide. Pas de Libé. Ce n’était pas un oubli, une erreur ou un jour de grève. C’est moi qui ait mis fin à mon abonnement ! Je peste depuis des mois contre la dérive du quotidien. J’ai repoussé maintes fois ma décision, leur ai laissé de nombreuses chances. Une petite goutte a fait déborder un vase largement trop plein.

Libé, c’est le quotidien qui m’accompagne depuis que ma conscience politique s’est éveillée. Ou peut-être est-ce lui qui a accompagné l’éveil de ma conscience politique ! J’ai commencé à le lire de façon épisodique, parce que mon frère l’achetait, à 14 ou 15 ans, en 1983 ou 1984. Dès 1987, je l’ai acheté souvent, puis, à partir de 1991, tous les jours. Pour finir, depuis 10 ans, j’y suis abonné. Libé et moi, c’est donc une histoire de presque trente ans.

Tirer un trait sur une amitié de trente ans n’est pas facile. Depuis des mois, j’espère ne pas avoir à prendre cette décision. Avec le recul, je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement.

Libé, comme la plupart des journaux, semble devenir principalement la caisse de résonance des instituts de sondage. Les enquêtes d’opinion sont leur principale source d’analyse politique. Avec tous les aléas que cela comporte. Ainsi, en Mai, sur la foi d’un sondage totalement bidon, Libé mettait Hulot en Une et le présentait comme grand favori de la primaire Ecolo.

Récemment, un nouveau pas est franchi avec la Une « 30% n’exclueraient pas de voter le Pen » (Faute incluse sur « exclueraient »  et il faut noter la formulation bancale et maladroite). Ce titre était le reflet d’un sondage (encore…) et résultait d’une interprétation de ce sondage particulièrement fallacieuse. Pour arriver à 30%, il fallait en effet inclure les réponses « Non, probablement pas » à la question « Voteriez vous pour Marine Le Pen ? ». Non content de cette présentation douteuse, Nicolas Demorand (directeur de la rédaction) et le directeur de l’institut de sondage (Via Voice) signent en commun une tribune dans Libé du 23 Janvier pour justifier le choix du titre. Pourquoi associer l’institut de sondage à la justification d’un choix éditorial ? De surcroit pour s’enfoncer dans l’erreur au lieu d’en tirer les leçons !

Alors trop, c’est trop ! Je préfère me passer de cette lecture quotidienne. Les grands quotidiens pleurent depuis des années face à la baisse de leur lectorat sans jamais se remettre en question. Il faut dire que, de plus en plus, ce ne sont pas leurs lecteurs qui les font vivre, mais des subventions distribuées de façon opaque.

Il est temps pour moi de m’informer autrement. Je vais payer ceux qui apportent une vraie valeur ajoutée à l’information (Mediapart, Arrêt sur Images).

Adieu Libé !

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Ad Noctum. Ludovic Lamarque et Pierre Portrait

Ad Noctum, n’est ni vraiment un roman, ni vraiment un recueil de nouvelles. c’est un fix-up, c’est à dire un roman constitué de plusieurs nouvelles réunies en un seul ouvrage pour former une histoire cohérente (selon une définition trouvée sur Internet). Autre particularité, c’est un roman écrit à quatre mains (selon l’expression consacrée, expression stupide, vu que tout un chacun écrit avec une seule main ; bref, c’est pour dire qu’il y a deux auteurs !). L’univers de ce fix up est un futur assez lointain (deuxième partie du 21° siècle ?  après ? Les pistes sont brouillées, les dates ne sont pas données), le monde est plongé dans une guerre sino-américaine, et l’économie est dominée par la firme Génikor, œuvrant dans l’ingénierie génétique. Thérapies géniques, clones, hybrides guerriers… On ne peut échapper à Génikor, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans le déroulement de la guerre.

Ad Noctum est donc construit sous forme de nouvelles (9 au total), indépendantes mais qui nécessitent d’être lu dans leur ensemble. D’une part, parce qu’on évolue dans le temps au fil des récits, et d’autre part, parce que l’univers des auteurs est distillé par petites touches.

C’est un bouquin plutôt facile d’accès, ce qui est à mettre à l’actif des auteurs parce que leur sujet est assez complexe. L’ensemble est plutôt homogène en terme de qualité, j’ai juste pas été convaincu par l’un des récits « Le cri de la chair« , journal intime à deux voix. J’ai trouvé que la forme prenait le pas sur le fond, et qu’elle manquait de légèreté. On est presque dans l’exercice de style imposé, et ça se sent trop. C’est dommage, l’histoire est originale. A l’inverse, « OK » (récit de soldats survivants au travers du journal de l’un d’eux, présenté en ordre chronologique inversé) et le dernier du livre, « Mes aïeuls » (dans lequel Génikor finit par devenir omniprésent – l’entreprise se confondant avec l’organisation sociale du monde), sont de très haute facture.

Expérience littéraire intéressante et méritante, Ad Noctum manque d’un je ne sais quoi qui aurait fait de ce livre un moment vraiment marquant de lecture. L’écriture est trop lisse, et les thèmes abordés sont, quand même, souvent du déjà-vu. Le potentiel est là, j’espère que les auteurs auront l’occasion de transformer cet essai !

Paru chez Denoël Lunes d’Encre

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Free a-t-il tout compris ?

J’aime bien Xavier Niel. Par sa capacité à innover, à penser en dehors des évidences pré- établies, il a créé ex-nihilo (ou presque) un concurrent crédible des mastodontes Orange et SFR. Mais, pour le coup, après les ratages du lancement de l’offre mobile de Free, on est en droit de se poser la question : y-a-t-il un mec qui pense chez Free ? Je veux dire en terme de logistique, d’anticipation, de logique ?

On a eu droit, dans l’ordre :
• site non fonctionnel le premier jour, et ligne téléphonique saturée
• espace personnel pour les gens ayant réussi à s’abonner disponible seulement quatre jours après l’ouverture de l’offre
• un problème avec les « zéros » : sur les RIB les premiers jours, et maintenant, manifestement, dans les adresses (du genre si vous habitez au « 150 de la Rue Machin », la SIM est expédiée au « 15 Rue Machin »)
• le pompon étant l’envoi des cartes SIM après la date de probabilité effective du numéro et donc la résiliation de l’abonnement chez l’ancien opérateur.

On pourra trouver facile de le dire après coup, mais il existait quand même des solutions pour rendre ce lancement plus efficace. Par exemple, présenter l’offre le 2 ou le 3 Janvier, avec possibilité d’inscription immédiate mais avec ouverture du service le 11 ou le 12 Janvier. Cela aurait laissé une semaine complète aux services logistique de Free pour préparer les premiers envois de SIM ! Et une semaine complète d’absorption par le système de portabilité du numéro des premiers abonnements !

Free aurait pu aussi demander des portabilités à J+7 de l’abonnement, au motif (légitime, somme toute), que l’abonnement se faisant à distance, l’abonné peut faire valoir un droit de rétractation pendant 7 jours. Cela aurait laissé 7 jours de plus aux logisticiens pour faire parvenir les SIM aux abonnés.

Bref, des solutions, il y en avait (je parle même pas du fait de tester sérieusement les outils en ligne avant de les mettre en production, sans déconner, ça fait deux ans qu’ils ont décroché leur licence !!!).

Et puis, dans cette histoire, il y a aussi le ridicule de certains futurs abonnés. Les forums et commentaires de sites de news sont envahis d’indignés qui ont absolument besoin de leur portable pour travailler, et qui en sont privé du fait que leur ligne a été portée et qu’ils n’ont pas leur carte SIM ! Quand on a un besoin si vital d’un outil, quelle idée de se lancer sans réfléchir dans une aventure forcément à risque (d’autant qu’avec Free, il y a quelques précédents de lancements ratés) ! Faut dire que Xavier Niel avec son « offre garantie pour les 3 premiers millions d’abonnés » a bien su attiser le feu… Lui qui a si bien généré le buzz autour du lancement de son produit serait bien inspiré de communiquer un peu plus, et de façon précise, sur les retards et autres loupés.

Pour ma part, une semaine après mon inscription, j’attends que le serveur de portabilité se désengorge, et ma carte SIM. Je ne doute pas que dans quelques jours, tout sera fluidifié. Et si par hasard, je suis privé de mon mobile quelques jours, ça ne me manquera pas trop. Restons philosophe, j’économise au final 75% du prix de mon abonnement actuel !

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Freedom. Jonathan Franzen

Le dernier roman de Jonathan Franzen a bénéficié d’une couverture de presse assez incroyable, faisant même la Une de Libé, chose assez rare pour un livre de quelque nature que ce soit.

Freedom, puisque c’est son titre, décortique une famille américaine contemporaine, d’un milieu plutôt aisé et proche du pouvoir. Famille plutôt dysfonctionnelle, par ailleurs. On aime, on déteste, on trompe, on trahit, on se débrouille comme on peut (souvent mal !) avec l’éducation des enfants. Mais ce n’est qu’un prétexte : Freedom est une véritable autopsie de l’Amérique d’aujourd’hui, plus exactement de l’Amérique des années Bush (la majeure partie du roman se passe en 2004).

Il est finalement très difficile de parler de ce roman. Autrement qu’en disant que je l’ai trouvé formidable, que c’est pour moi l’un des cinq ou six romans essentiels de ces dix dernières années ! Il y a tout dans ce roman : des personnages attachants (malgré l’antipathie dominante que l’on éprouve pour chacun d’entre eux), une narration haletante qui fait que lâcher le livre est à chaque fois un crève coeur (et il faut bien parfois, 700 pages d’une traite, c’est pas possible !), un regard lucide sur la société occidentale et le tableau brossé de tous les enjeux de demain !

Depuis sa sortie, Freedom figure sur les listes de meilleurs ventes. Mais comme il est volumineux, et peut paraitre austère, je crains qu’il n’ait été plus acheté que lu ! Si tata Josiane (ou mamie Charlotte) vous l’a offert pour Noël, et si vous l’avez enfoui au fond d’un placard, allez le déterrer de ce pas, vous ne le regretterez pas.

Roman traduit de l’Anglais (États-Unis) par Anne Wicke
Paru aux
Éditions de l’Olivier

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L’imposture de la TVA sociale

Voilà le retour de la TVA sociale, et avec elle, une grande tradition française : l’écran de fumée ! Depuis deux jours, c’est à peu près le seul sujet dont on parle, sans même savoir quelles seront les modalités de cette mesure. Or, contrairement à ce qu’a dit ce soir Xavier Bertrand (qui était contre la mesure avant de devenir pour), les modalités d’application ne sont pas accessoires !

C’est quoi cette TVA sociale ? Une baisse des cotisations sociales compensée par une hausse de la TVA. Jusque là, c’est clair, sauf qu’un énorme flou est entretenu : parle-t-on des cotisations patronales ou salariales ?

En revanche, sur les effets de la mesure, on nous promet le miracle : réindustrialisation, relocalisation, pénalisation des produits importés, baisse du coût du travail et hausse de salaire.

La mécanique (théorique) de la mesure est la suivante : si les cotisations patronales baissent, le coût du travail baisse, le prix (hors taxe) des biens produits en France baisse et, après application de la TVA, les produits français deviennent plus compétitifs que les produits étrangers qui eux, sont impactés totalement par la hausse de la TVA.

C’est une jolie fable, qui fait complètement l’impasse sur la baisse de pouvoir d’achat qu’elle implique. En effet, la baisse des cotisations patronales ne va absolument pas changer le niveau des salaires. Il s’agit donc d’un transfert intégral du financement de la protection sociale des entreprises vers les ménages ! Pour quelqu’un qui voulait ne pas augmenter les impôts, c’est trop fort ! C’est là qu’intervient l’enfumage : Bertrand dit qu’il va proposer que la baisse intervienne sur les cotisations patronales ET salariales, ce qui fera augmenter le salaire direct… Super, sauf que dans ce cas là, la baisse du coût du travail n’est que partielle.

Faire croire aux gens qu’on va à la fois baisser le coût du travail, redonner de la compétitivité aux produits français et augmenter les salaires directs pour compenser la hausse de la TVA est une véritable imposture.

La seule certitude, ça va être la hausse des prix. Tout le reste est hypothèse. Le risque est que les entreprises ne baissent pas les prix des produits et augmentent leurs marges, permettant pour certaines d’entre elles de mieux rémunérer leurs actionnaires. Il y a un précédent : la baisse de la TVA sur la restauration. Elle devait à la fois créer de l’emploi, permettre d’augmenter les salaires et faire baisser le prix des menus. Il y a eu peu d’emplois créés, les salaires n’ont pas bougé, et les prix n’ont pas changé (en revanche, la hausse de la TVA de 5,5% à 7% sera, elle, répercutée).

Il aurait dû y avoir un heureux à gauche (enfin, à gauche, c’est vite dit) : Manuel Valls, défendeur de la mesure pendant la campagne des primaires. Mais voilà, cet homme de conviction est entre temps devenu Responsable de la communication du candidat François Hollande. Il est, du coup, devenu contre la mesure…

A suivre !

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Le rêve de Galilée. Kim Stanley Robinson

Kim Stanley Robinson est un de mes auteurs préférés. Certes, ce n’est pas un grand styliste, mais ses livres m’ont toujours passionné, et je place au dessus de tout sa trilogie Martienne. Je me suis donc précipité sur son dernier roman paru en France : Le Rêve de Galilée.

L’admiration de KSR pour le scientifique transpire tout au long du livre, ce qui ne l’empêche pas de rester lucide sur l’homme.  Au fond, KSR aurait pu écrire simplement une biographie romancée de Galilée. Mais il l’a enrichi (alourdi, en fait) d’un récit complexe faisant intervenir un futur lointain (dans 1000 ans). Dans ce futur, des hommes ont colonisé les lunes de Jupiter (celles découvertes par Galilée, justement !), et, face à la découverte d’une entité vivante sur Europe, ils sont soumis à un dilemme qu’ils veulent résoudre en faisant appel à Galilée lui-même (c’est encore plus complexe que ça, mais j’ai essayé de résumer !).

Le problème, c’est qu’on y croit pas une seconde ! La confrontation entre les hommes du XXX° siècle et Galilée tourne souvent au ridicule : pour nous faire comprendre les choses, les premiers soliloquent avec un vocabulaire que le second ne peut absolument pas comprendre, donnant des dialogues abracadabrants. Au tiers du roman, KSR essaie de se sortir de ce piège avec une pirouette : une drogue que font prendre les hommes du futur à Galilée lui permet d’assimiler à vitesse grand V quinze siècles d’évolution de la science… Mouais.

Pour ne rien arranger, l’ensemble est extrêmement poussif, l’intrigue avance très lentement, et des lecteurs moins consciencieux que moi auront vite fait de sauter de nombreuses pages !!

Pour être juste, il faut dire que l’auteur n’a pas perdu toutes ses qualités d’un coup ! Le personnage de Galilée est fouillé, humain, parfaitement incarné, et les passages les plus beaux du livre sont ceux qui s’arrêtent sur ses tourments par rapport à son procès, ou plus encore, ses rapports avec ses filles.

Kim Stanley Robinson n’a pas manqué d’ambition avec ce roman. Je pense même que le projet est beaucoup trop ambitieux, et, qu’une fois n’est pas coutume, il s’est ramassé. J’ai beaucoup appris sur Galilée, mais au prix d’une intrigue hard-SF peu probante, et au final, complètement inutile. À oublier. Pour mieux se souvenir du reste de son œuvre !

Roman traduit de l’Anglais (États-Unis) par David Camus et Dominique Haas
Paru aux Presses de la Cité

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Crise de l’Euro : suite et bientôt fin ?

Pour la quatrième fois en six mois, un sommet européen de la dernière chance a sauvé l’Euro. Quelle mascarade ! La dernière trouvaille : un accord intergouvernemental à 26 (le Royaume Uni a refusé de s’y associer) dont on veut nous faire croire qu’il permettra l’utilisation des institutions de l’Union Européenne (par exemple la Cour Européenne de Justice) pour faire respecter les critères de rigueur budgétaire. Accord qu’on nous présente comme un Traité… Encore faudra-t-il le faire ratifier pour qu’il rentre en vigueur ! Or, les solutions à la crise de l’Euro n’attendront pas l’entrée en vigueur de ce traité virtuel, qui, en plus, ne règle rien. Quant aux critères de rigueur, ce sont ceux du pacte de Stabilité, signé en 1997, et sur lequel tous les pays se sont assis, nous en premier. Comment croire que celui ci sera respecté ?

Aujourd’hui, au point où l’on en est, la seule solution qui pourrait (et encore, c’est pas sûr) sauver l’Euro, serait :
• dans un premier temps l’intervention directe de la BCE pour monétiser une partie de la dette et dévaluer l’Euro pour retrouver de la compétitivité,
• dans un second temps aller vers un véritable fédéralisme Européen pour que l’Euro soit la monnaie d’un ensemble qui a une existence économique, avec un vrai budget Européen.
Or, non seulement, on ne va pas vers ces solutions, mais elles se heurtent, si tant est qu’on veuille y aller, à l’impossibilité constitutionnelle de l’Allemagne d’aller vers ces solutions. Quand Valls dit que l’alternative à Merkozy, c’est Hollande et le SPD allemand, il ment. L’Allemagne ne cédera pas parce que sa constitution l’y interdit. Et la constitution allemande ne sera pas amendée, parce que l’indépendance de la banque centrale et la priorité mise sur la lutte contre l’inflation sont constitutives de la Nation Allemande (Accepterait-on, en France, qu’on nous demande de renoncer à la laïcité, par exemple ?).

Cette prémisse étant posée, je me risquerai à un pronostic, il ne reste que deux solutions. Soit la zone Euro éclate en totalité, soit elle se désagrège en partie. Dans le premier cas, les 17 pays de la zone négocient la fin de la zone Euro actuelle et l’organisent. Dans le deuxième cas, on laisse faire, et à court terme, la Grèce, puis le Portugal, puis peut être l’Espagne et l’Italie sortent de l’Euro pour pouvoir retrouver la maîtrise de leur endettement (y compris par le défaut, s’il n’y a pas d’autre solution). Il est probable d’ailleurs qu’on les poussera vers la sortie. Dans ce cas, je prends le pari que la France, qu’elle soit dirigée par Sarkozy ou par Hollande s’il est élu en 2012, n’osera pas la rupture avec l’Allemagne. On aura un Euro réduit à quelques uns, et alors, pour rembourser notre dette libellée en Euro, on ira de plan d’austérité en plan d’austérité et on s’installera dans une récession durable.

Pourquoi l’Europe ne veut pas s’engager dans une négociation de sortie de l’Euro ? Parce que nos gouvernants détestent l’inconnu. Au fond, la crise actuelle, la rigueur, la destruction de nos systèmes sociaux pour réduire les dépenses, ils connaissent. Ils savent que c’est douloureux, mais ça fait moins peur que l’inconnu. Et, soyez en sûr, on ne nous demandera pas notre avis.

Je souhaite bien sûr avoir tout faux…

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L’interview impossible. (Transcriptions de) Daniel Schneidermann

L’histoire de ce livre débute il y a un peu plus d’un an. Daniel Schneidermann diffuse tous les matins une newsletter, le neuf-quinze (à 9h15 !), billet d’humeur sur l’actualité de jour. Durant plusieurs jours d’affilées, il s’est placé dans la posture d’un envoyé spécial dans un pays imaginaire, le Sarkozistan, et a commenté avec sarcasme et ironie l’actualité judiciaire de ce pays, qui ressemble furieusement au nôtre (on est en pleine affaire Bettancourt). En Novembre 2010, il a eu l’idée de réunir ces chroniques dans un ouvrage, Crise au Sarkozistan, diffusé en dehors du circuit classique du livre, par www.lepublieur.com. Le succès est inattendu. Le premier mois, il s’en vend 18 000 (je ne connais pas le résultat final des ventes), et contribue à diversifier les ressources du site Arrêt sur Images, site d’information dédié à la critique des médias.

Un an plus tard, Schneidermann imagine que le même journaliste obtienne une interview de Nicolas Sarkozy. Et cela donne l’Interview impossible, distribué par le même canal.

Très vite cependant, il s’éloigne du ton volontairement pamphlétaire du premier ouvrage. Et cela devient une interview imaginaire de Nicolas Sarkozy par Daniel Schneidermann. Les question sont féroces et sans concession, et les réponses imaginaires sont inspirées par l’analyse du discours du président que fait, semaine après semaine, Arrêt sur Images. Tout y passe : les affaires, la façon de gouverner, le rapport à l’argent, le rapport aux médias, les temps forts du quinquennat, la stratégie pour 2012. Schneidermann trouve le ton juste parce qu’il imagine une interview très musclée avec un Sarkozy qui la considèrerait comme un challenge, et on retrouve les accents des conférences de presse du Président, voire des coups de gueule qui ont filtré, comme les images volées de son énervement lors d’un passage sur France 3 qui l’avait incommodé. Le rapport de force imaginaire fait plus vrai que nature, et on referme le livre avec l’étrange impression d’avoir lu une vraie interview, à la réserve près (et c’est aussi un des propos implicites du livre), que jamais un journaliste français ne poserait de questions aussi pertinentes, et que jamais le président ne se prêterait à une telle interview.

Bien évidemment, c’est assez peu flatteur pour Nicolas Sarkozy, mais ça en dit plus que bien des éditoriaux que l’on peut lire chaque jour dans la presse, et c’est écrit avec beaucoup de finesse, pour trouver le ton exact. Ça m’a véritablement bluffé.

Qui aime bien, châtie bien : l’auto-publication, c’est sympathique, mais ça n’empêche pas une typographie correcte. Dans tout le livre, les « œ » sont orthographiés « øe ». Voilà, c’est dit !

Publié par le site Arrêt sur images
Distribué par www.lepublieur.com

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Mais qui veut la peau d’Eva Joly ?

Il fallait bien qu’on fasse payer à Eva Joly le fait d’avoir été désignée par les militants et sympathisants d’Europe Ecologie – Les Verts en lieu et place du candidat préféré du petit monde médiatique, Nicolas Hulot. Mais la violence que subit la candidate n’en est pas moins surprenante.

On aura beau jeu de me dire que c’est le loi du genre, que si elle n’est pas préparée à cette violence, c’est qu’elle n’a pas l’étoffe… (arguments largement entendus depuis quinze jours). Pourtant, si on examine de près la séquence médiatique qui a débuté avec l’interview sur RTL par Jean-Michel Apathie, on ne peut qu’être surpris. Tout commence par l’interview en elle-même. Apathie, si doux avec les puissants (ne demande-t-il pas, quelques jours plus tard, à Guéant « Vous souffrez de l’image qui est la vôtre dans le débat public ? Vous souffrez ? »), se paye à bon compte une image d’interviewer pugnace en tapant sur Eva Joly comme sur un punching ball. Rien ne trouve grâce à ses yeux. Elle refuse de choisir entre les qualificatifs bon ou mauvais, concernant l’accord PS-EELV ? Il clame qu’elle ne répond pas à sa question ! La nuance est interdite. Et puis il tient son « scoop » : elle ne veut pas dire ce qu’Apathie veut l’entendre dire : « J’appelle à voter Hollande au second tour ». A la place, elle revient à trois reprises sur le fait que Sarkozy est son ennemi politique, que sa politique est terrible. Et demande à Apathie pourquoi il ne pose pas la question à Hollande sur son éventuel soutien à Joly si elle se qualifie au second tour.

Quasiment tous les commentateurs (et même les « amis » d’Eva Joly !!) retiendront de l’interview qu’elle ne soutiendra pas Hollande s’il est au second tour, alors qu’elle a lourdement sous-entendu l’inverse. Personne ou presque n’a relevé le fait que poser cette question aujourd’hui, c’est faire comme si le premier tour de l’élection présidentielle était sans importance. La dernière fois qu’on a joué à ce petit jeu, c’était en 2002, Jospin s’en souvient encore…

Pour être juste, ce « deux poids-deux mesures » ne se limite pas à Eva Joly, mais à tout politique n’appartenant pas au sérail. Jean Vincent Placé, numéro 2 d’EELV, était l’invité de Jean Pierre Elkabach sur Europe 1 cette semaine, et il a eu droit lui aussi au questionnement implacable, aux accents de procureur, d’un Elkabach qu’on connait moins exigeant avec les puissants. Obséquieux avec les forts, intransigeant avec les faibles…

Le problème, c’est que ces interviews du matin sur ces deux grandes radios sont écoutées par des millions de gens, et que, d’une certaine façon, elles font l’opinion. Pour le moins, dans ces cas précis, elles tentent de faire l’opinion.

Il y a quinze ans, on moquait les écolos parce qu’ils se cantonnaient aux problèmes environnementaux. Aujourd’hui, on les accuse de faire de la politique comme les autres parce qu’ils veulent avoir voix au chapitre sur tous les sujets. La vérité est que le monde politique est fermé, et que l’émergence d’une force nouvelle fait peur. Elle instille une dose d’inconnu qu’il leur est intolérable de gérer. En choisissant comme représentante de cette nouvelle force Eva Joly, les militants et sympathisants écolos n’y sont pas allé de main morte. En effet, elle est intransigeante. En effet, elle n’est pas prête à accepter les petits jeux, les compromissions ordinaires qui sont le quotidien des rapports entre les médias et les politiques.

Alors, il faut la « tuer ». Tout est bon. Des sondages bidons : « Souhaitez vous qu’Eva Joly abandonne ? » (on n’a pas demandé en parallèle « Souhaitez vous que Nicolas Sarkozy abandonne ? », dont les résultats auraient été intéressants !). Des dossiers à charge. Et si ça ne suffit pas l’insulte : lire ici l’édito de Patrick Besson sur le site du Point. Il imagine le discours d’investiture d’Eva Joly si elle était élu. Et, vraiment trop drôle, il l’écrit en imitant son accent. Parce que, au fond, c’est vrai, Eva Joly, elle est pas vraiment française. Même Fillon l’a dit (« elle n’a pas une culture très ancienne des valeurs françaises » – 15 Juillet 2011). Elle n’a rien à faire ici… Besson va nous parler d’humour, de caricature. Xénophobie ? Vous n’y pensez pas.

Voilà où en est le débat. Si les positions de fond de la candidate Eva Joly vous intéressent, ne comptez pas sur les grands médias pour en débattre. Eux, ça ne les intéresse pas !

Faut-il que ce petit monde juge les idées d’Eva Joly si dérangeante pour mettre en branle une telle machine de guerre pour la détruire médiatiquement ?

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Berazachussets. Leandro Ávalos Blacha

Berazachussets est le second roman de l’auteur Argentin Leandro Ávalos Blacha (son premier n’est pas paru en France). Il se situe de nos jours, dans une Argentine fantasmée, où, comme l’explique la traductrice en postface, les noms de lieux sont à la fois proches de lieux réels mais introuvables sur une carte. C’est, à bien y réfléchir, le roman le plus déjanté que j’ai jamais lu. Le personnage central est une Zombie, c’est déjà pas banal. On ne sait pas comment elle atterrit ici, ni pourquoi, et, en fait, on s’en moque. Elle va croiser dans ses errances, un ancien maire complètement verreux, un quatuor de retraités de l’Education Nationale assez peu politiquement correctes, des pingouins, des gosses de riches occupant leurs loisirs en tournant des vidéos pornos amateurs trash, une armée d’handicapés menée par une gamine en fauteuil roulant peu sympathique, j’en oublie sûrement.

Ça va à 200 à l’heure, il y a pas le temps de s’attarder sur la psychologie des personnages, ce qui ne les empêche pas d’être parfaitement campés et incarnés (quoique ce terme n’est pas forcément idoine pour une Zombie !). L’irruption de la zombie dans ce monde complètement foutraque, mais qui semble fonctionner à peu près, va être l’étincelle menant à l’explosion.

La ville de Berazachussetts est une allégorie de la société argentine d’aujourd’hui, mais  le lecteur d’Europe Occidentale ne sera pas totalement dépaysé. Corruption, charity business, société du spectacle, l’auteur n’épargne rien ni personne (et surtout pas ses personnages), mais sans se placer en donneur de leçons. Il dézingue à vue, et chacun s’en fera l’idée qu’il souhaite. On peut même y voir une farce loufoque sans lien avec le réel si l’on veut vraiment.

À la fois court (185 pages) et au rythme endiablé, ce livre se lit très vite. Mais le tour de force est d’avoir réussi à écrire un roman marquant, qu’on n’oublie pas sitôt refermé, tout aussi drôle qu’attachant. Encore une belle découverte des éditions Asphalte (petit disclaimer : je connais bien l’une des deux fondatrices de cette maison d’édition. Cela n’enlève rien à ma capacité de jugement !)

Roman traduit de l’Espagnol (Argentine) par Hélène Serrano
Paru chez Asphalte Editions

www.asphalte-editions.com

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