Les vaisseaux d’Omale. Laurent Genefort

Un an et demi après avoir publié l’intégrale en deux tomes des romans et nouvelles de l’univers d’Omale de Laurent Genefort, la collection Lunes d’Encre nous livre un nouveau roman évoluant dans cet univers : Les Vaisseaux d’Omale. J’ai déjà pas mal parlé d’Omale ici.

Laurent Genefort continue à développer son univers dans ce nouveau roman. La grande Aire, la portion d’Omale occupée par les Humains, les Chiles et les Hodgqins est à l’aube d’une nouvelle ère spatiale. Le roman retrace l’expédition d’un petit groupe de scientifiques Humains et Hodgqins pour rejoindre le chantier spatial, puis le voyage du premier vaisseau. Les découvertes que ces explorateurs vont faire seront essentielles à la compréhension du monde d’Omale, y compris ses origines.

Genefort ne s’embarrasse pas de hard-science. Le cœur du roman, c’est l’aventure. Et c’est très réussi. Difficile de lâcher le roman une fois celui-ci commencé. Les personnages sont attachants, et une fois de plus, l’auteur s’attelle à nous décrire les interactions entre les différentes « rehs » (c’est à dire les différentes espèces qui cohabitent sur la grande Aire).

Un petit défaut dans le roman : un fil narratif secondaire (l’espionnage de la mission et les péripéties diplomatiques du commanditaire de l’expédition) n’est pas très bien exploité, à mon sens. Cette histoire parallèle est indispensable au premiers tiers de l’histoire, pour comprendre l’arrivée des Chiles sur le chantier spatial. Mais ensuite, ça ne sert plus à rien, et ces quelques pages tournent un peu « à vide ».

Mais ce n’est pas un défaut majeur, et ça ne doit pas masquer la grande réussite qu’est ce roman. Il pourrait se lire indépendamment de tout le cycle, mais ce serait dommage de se priver du reste du cycle, qui je l’espère s’enrichira encore.

Paru chez Denoël Lunes d’Encre

Publié dans Livres | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

L’Homme-Soleil. John Gardner

John Gardner était un auteur de démesure. L’Homme-Soleil que les éditions Denoël viennent de rééditer (poursuivant le travail de réédition de son œuvre commencé avec Grendel et La Symphonie des Spectres) en est une nouvelle preuve. 800 pages bien touffues, des parenthèses dans des parenthèses (certaines faisant 4 pages, autant dire qu’à la fin, on ne sait plus très bien pourquoi la parenthèse a été ouverte), des personnages nombreux, certains ayant même deux noms différents, histoire de nous perdre un peu plus… Et perdu, je dois avouer que je l’ai vite été.

L’histoire n’est pas très compliquée à résumer : on suit l’enquête du chef de la police de Batavia à propos d’un homme surnommé l’homme-soleil, qui a été arrêté pour un motif assez futile (avoir peint le mot « amour » sur le macadam), mais qui en s’évadant, provoque la mort d’un des gardiens.

Bien sûr la trame du roman est infiniment plus compliquée que cela. Comme je le dis plus haut, des dizaines de personnages entrent en jeu, et sont pour la plupart croqués de façon très précise.

Le problème, c’est que je n’ai jamais réussi à rentrer dans le roman. Pourtant, je me suis accroché, le lisant de bout en bout, espérant qu’à un moment, j’en percerais les aracanes. En vain. Alors que je lis en général rapidement, il m’a fallu deux mois pour arriver au bout, et en le refermant, je me suis longuement interrogé parce que je suis incapable de dire ce qui ne m’a pas accroché. La longueur, ni la complexité, ne m’ont jamais arrêté, alors ? Je n’ai toujours pas la réponse.

Je me suis interrogé aussi sur la parution du roman en Lunes d’Encre, alors que pour moi, ce roman ne relève ne rien des genres que couvre la collection (que ce soit SF ou Fantasy, pour faire vite). Je me demande même si je ne suis pas passé à côté de quelque chose de fondamental !

S’il n’était pas si volumineux, j’aurais essayé de relire L’Homme-Soleil un jour, parfois, on lit un livre à une période inappropriée. Mais là, je n’aurais jamais le courage de le reprendre, je crois. Tant pis pour moi.

Roman traduit de l’Américain par Claude et Anny Mourthé
Paru chez Denoël Lunes d’Encre

Publié dans Livres | Marqué avec , , | 3 commentaires

Talulla. Glen Duncan

Talulla est la suite du Dernier Loup Garou, de Glen Duncan. En relisant mon avis sur le premier volume, je me dis que je pourrais écrire exactement la même chose pour ce deuxième tome. Glen Duncan s’empare d’un thème qu’on voit partout depuis quelques années (les vampires et les loup-garous) et fait de la littérature ! C’est pas rien.

(Attention : ne pas lire la suite si on n’a pas lu le premier volume et qu’on compte le faire !)

Talulla commence peu après que le précédent volume ne termine. Jack Marlowe est mort. Talulla, la femme (elle aussi loup-garou) qu’il a rencontrée lors derniers mois de sa vie est sur le point d’accoucher de leur enfant. Cet enfant est kidnappé dès sa naissance par des vampires, persuadés qu’ils vont pouvoir utiliser cet enfant-garou dans une expérience leur permettant de s’affranchir de leur impossibilité de vivre à la lumière du jour.

Et c’est parti pour 400 pages menées à fond la caisse. Comme le premier tome, on est devant un véritable page-turner. Souvent, dans une trilogie, le tome du milieu est un peu un « ventre mou », ce n’est pas le cas ici.

Pas grand chose à dire de plus. Si vous avez aimé le premier, vous adorerez le suivant (et attendrez avec impatience le troisième et dernier). Si vous n’avez pas lu le premier : jetez-vous dessus !

Roman traduit de l’Anglais par Michelle Charrier
Paru chez Denoël Lunes d’Encre

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | Un commentaire

Petite sœur, mon amour. Joyce Carol Oates

Petite sœur, mon amour est un roman de Joyce Carol Oates paru en France en 2010, deux ans après sa parution aux States.

J’ai découvert tardivement Oates, après la lecture de son roman Les Chutes, il y a cinq ou six ans, qui m’avait impressionné. À plus de 75 ans, cette auteure a une carrière impressionnante, plusieurs dizaines de romans, des recueils de nouvelles, de nombreux prix prestigieux, et deux fois finalistes du Nobel !

Petite sœur, mon amour est basé sur un fait divers réel, largement romancé.

C’est l’histoire d’une petite fille, Bliss Rampike, prodige du patinage artistique, poussée par sa mère, qui est aussi son manager, retrouvée assassinée chez elle, alors qu’elle n’a que six ans.

Toute l’histoire, depuis les premiers concours jusqu’au drame, nous est racontée par le frère ainée de Bliss, Skyler, dix ans après les faits.

Au travers de cette histoire, c’est toute l’Amérique (et l’Occident par extension) qui en prend pour son grade : course à la célébrité, abrutissement des gamins à coup de psychotropes, presse people… Et l’humanité en général n’est pas mieux traitée : familles dysfonctionnelles, lâcheté… Tout y passe.

Au milieu de tout ça, Skyler essaie de ne pas sombrer, il n’y réussit pas tout à fait, d’ailleurs. Et il en peut certainement pas compter sur ses parents.

L’écriture est absolument magistrale. Ce n’est pas « le journal intime » de Skyler, c’est réellement le récit raconté par sa voix, une voix incisive, d’une acuité rare (Skyler est un gamin d’une intelligence largement supérieure à la moyenne, pour son plus grand malheur, peut-être).

Une plongée en apnée dans la noirceur et la petitesse de l’âme humaine. Pas l’âme humaine d’exception, mais celle de l’homme moyen, quelconque, de la middle-class.

Exceptionnel.

Roman traduit de l’Anglais (États-Unis) par Claude Seban
Paru chez Philippe Rey (disponible en poche chez Points)

Publié dans Livres | Marqué avec , | Commentaires fermés

Hollande, l’autre nom de Sarkozy

On vient de vivre une semaine vertigineuse. Et un peu nauséeuse aussi.

Fin décembre, François Hollande était ce président qui nous avait bien enflé sur un grand nombre de ses engagements électoraux, surtout en matière économique, mais qui avait encore le mérite d’une certaine sobriété qui nous reposait tellement de l’hystérie permanente, quotidienne, du quinquennat précédent.

Et puis, en dix jours, tout a basculé.

Episode 1 : story telling autour du virage social-libéral du président. Il n’y a eu que les éditorialistes pour croire qu’il y avait virage (Hollande a commencé son virage social-libéral le 12 mai 2012 à 20h01), et pour nous le seriner matin midi et soir dans les médias qui les invitent ou leur ouvrent tribune. Mais ça a fonctionné. Ils étaient tous là, avec leur mine réjoui, les Apathie, Giesbert, Barbier et consorts. Enfin, notre président se rallie à la grande famille des penseurs raisonnables. Et je n’en ai pas entendu un seul dire, c’était quand même un minimum, qu’on aurait pu au moins s’attendre à un mea culpa par rapport à ses engagements de campagne. Que ça posait peut-être un problème de démocratie, d’être élu sur un programme, et de faire l’inverse une fois élu. Non, tellement éblouis que « la raison » l’emporte, ils ont juste trouvé ça formidable.

Mais le meilleur était à venir.

Episode 2 : c’était la règle absolue du Sarkozisme, une règle que « lui, président », allait rejeter à jamais : Chaque jour une nouvelle histoire doit chasser la précédente, pour nourrir la benne aux ordures des chaînes d’info en continu. Alors, nouvelle histoire : Dieudonné. Cet ancien humoriste, devenu on ne sait plus trop quoi, depuis des années, devient, en vingt-quatre heures, par la grâce de l’hystérique Manuel Valls, le problème numéro Un de la France entière. (Ce même Valls qui doit jubiler de voir le programme économique qu’il prônait lors de la Primaire socialiste appliqué à la lettre). Dans cette histoire, Valls est un pompier pyromane, j’en suis convaincu. Dieudonné doit être attaqué sans relâche chaque fois qu’il commet des infractions, mais l’interdire a priori, c’est en faire un martyr, lui faire une publicité dont franchement, il n’avait pas besoin. Et demain, pour un autre cas similaire, ou des dizaines d’autre cas, on va faire quoi : rétablir une commission de censure ?
Valls… Ce cher Manuel Valls, qui pense que les Roms n’ont pas vocation  s’intégrer en France, et qui trouvait, un jour qu’il n’y avait pas assez de « blankos » sur le marché de sa bonne ville d’Evry dans laquelle il se promenait… Si je voulais encore trouver des excuses à Hollande, je dirais que Valls est son âme damnée, mais je crois que Hollande n’a bseoin de personne…

Episode 3 : En vingt quatre heures, Dieudonné est remplacé dans les médias par les affaires de cul de Hollande. Entendons nous bien, je me fous de ce qui se passe dans le lit de Hollande. Mais on ne va pas nous refaire le coup de « le journalisme s’arrête à la porte de la chambre à coucher ». Bon, j’en ai juste marre de ces vies affichées et scénarisées par les politiques eux-mêmes pour leur image, mais qu’il faudrait protéger dès que ça les dérange. Qui instrumentalisme qui ? On a élu un président, et c’est tout. Marié, pas marié, en concubinage, avec ou sans maîtresse, qu’importe :  la République propre dont Hollande nous rebattait les oreilles (encore une fois :  « Moi, Président ceci, Moi président cela ») s’honorerait de laisser la vie privée en dehors de la vie publique. Pas de compagne, d’épouse, ni de maîtresse en voyage officiel, et pas de bureau à l’Elysée pour l’une ou l’autre. Alors que là, on est en pleine confusion. Et, pour couronner le tout, notre président ne s’interdit pas d’attaquer le journal qui dévoile ses aventures amoureuses en justice. Comme aux grandes heures du Sarkozysme.

En dix jours, on se retrouve face à ce constat terrifiant : Mais au fond, elle est où la différence avec Sarkozy ? Ce n’est pas qu’une question rhétorique ! Il y des gens, nombreux, qui ont voté Hollande en 2012 parce qu’ils pensaient que la politique de Nicolas Sarkozy, et sa façon de présider le pays étaient fondamentalement dangereuses. On a changé de personne. On n’a pas vraiment changé de politique, ça, on l’avait compris depuis longtemps mais c’est maintenant officiel. Mais ce qui est nouveau – à moins que ce ne soit que mes yeux qui se sont décillés – c’est qu’en fait, on n’a pas changé d’homme non plus.

Vertigineux, je vous dis.

Publié dans Politique | Marqué avec , , , | 3 commentaires

La magnificence des oiseaux. Barry Hughart

La Magnificence des oiseaux est un titre qui m’a longtemps intrigué. Magnificence n’est quand même pas un mot qu’on emploie tous les quatre matins, et, même si je le trouvais joli, il me faisait un peu peur.

Mais la réputation de ce roman a toujours été excellente, et j’ai fini par l’acheter, dans une période de boulimie d’achat. Et puis je l’ai laissé trainer depuis parmi tous les autres livres qui m’attendent, sur l’étagère (les étagères…) qui leur sont consacrés.

Et voilà enfin que je l’ai lu ! A posteriori, ma réticence m’a amusé, parce que, malgré le mot « Magnificence » dans le titre, ce roman n’est absolument pas difficile d’accès.

L’histoire peut se résumer en quelques mots. À la suite d’un empoisonnement maléfique, des enfants d’un village tombent dans une sorte de coma. Un habitant de ce village, surnommé Bœuf Numéro Dix, va chercher un sage dans la ville voisine. Son maigre pécule ne lui laisse pas d’autre choix que d’embaucher Maître Li, qui ne paie pas de mine et dont la gloire semble être passée.

Bœuf Numéro Dix et Maître Li vont, tous les deux, vivre de nombreuses aventures, toutes plus dangereuses l’une que l’autre, pour résoudre l’énigme de la maladie des enfants et leur trouver un remède. Le tout se passe dans une Chine passée et imaginaire, complètement baroque, imprégnée de magie et de légendes.

J’ai beaucoup aimé l’humour de l’auteur, qui transforme en farce ce qui, au demeurant, serait sinon resté une aventure de fantasy assez quelconque. L’humour est présent dans le personnage de Maître Li, mais aussi dans la naïveté de Bœuf Numéro Dix, qui traverse les pire épreuves dans une sorte d’inconscience. C’est un peu un duo à la « Astérix et Obélix », Maître Li étant la tête pensante, Bœuf Numéro Dix utilisant ses muscles au service du premier, mais permettant aussi, souvent par hasard, de faire avancer l’intrigue.

Le style de l’auteur est vraiment plaisant, et si l’on se laisse porter par la poésie du texte, on passe un très bon moment de lecture.

Il existe deux autres romans de Barry Hughart mettant aux prises Bœuf Numéro Dix et Maître Li. Je sais que je retrouverai avec plaisir ces personnages un jour ou l’autre. Ils attendront sagement que le hasard de mes lectures me mènent vers leurs aventures.

Roman traduit de l’Anglais (U.S.) par Patrick Marcel
Paru chez Denoël Lunes d’Encre (disponible en poche chez Folio SF)

Publié dans Livres | Marqué avec , , | 2 commentaires

Canada. Richard Ford

Richard Ford n’est pas un inconnu de la littérature américaine, dix romans en vingt ans, Prix Pullitzer en 1996, mais j’avoue modestement que je n’en avais jamais entendu parler!

Son dernier roman, Canada, est l’histoire d’un jeune garçon Dell Parsons, dont les parents, quand il a quinze ans, en 1960, braquent une banque, ce qui, bien évidemment va plus que bouleverser sa vie. Rien ne prédisposait ses parents à devenir hors la loi. Mais son père s’imagine que ce serait le meilleur moyen de se sortir d’un guêpier dans lequel il s’est fourré. Sa mère, que Dell pensait pourtant honnête (voire rigoriste) – et qui, certainement l’était – devient complice du forfait pour éviter que son mari n’y entraine son fils, et peut-être aussi pour essayer que ce soit moins le fiasco annoncé d’avance, que ce fut pourtant. Les parents sont arrêtés, les enfants (Dell a une sœur jumelle) livrés à eux mêmes. La sœur de Dell s’enfuit, Dell est lui « exfiltré » au Canada par une amie de sa mère, celle-ci ayant jugé, juste avant le hold-up, que c’était une meilleur solution que de finir en orphelinat. Il est confié aux bons soins du frère de cette amie.

Le récit est raconté par Dell lui même au crépuscule de sa vie, mais en conservant la fraîcheur et l’innocence du garçon de quinze ans. C’est toute la force du livre. Ce n’est pas uniquement la narration d’une histoire assez atypique. C’est ce récit unique qui nous est raconté par un homme qui a eu la vie pour y réfléchir, mais qui l’a aussi conservé en mémoire tel qu’il l’a vécu, et non pas recomposé avec les années.

Canada est un roman formidable, tout à la fois témoignage d’une époque, et d’un destin très particulier. L’écriture est très belle, et la narration linéaire, mais parsemée des digressions du narrateur, maintient une tension dramatique tout au long du récit.

Quelque chose me dit que je vais avoir envie de découvrir d’autres romans de cet écrivain.

Roman traduit de l’angais (États-Unis) par Josée Kamoun
Paru eux Éditions de l’Olivier

Publié dans Livres | Marqué avec , | Commentaires fermés

Utopiales 2013 (Anthologie)

Depuis 2009, à l’occasion des Utopiales, le salon international de Science-Fiction, ActuSF édite une anthologie regroupant des nouvelles des auteurs invités. Et chaque année, si on le précommande, la maison d’édition se débrouille pour faire dédicacer ces exemplaires par quelques uns des auteurs. Initiative sympathique, surtout que le salon est fréquenté par de grands auteurs français et internationaux, qui se prêtent gentiment au jeu.

Chaque année, je suis fidèle à ce rendez vous (l’anthologie, pas le salon, malheureusement), et la livraison 2013 est de belle facture : 14 nouvelles, des grands noms, et ce qui ne gâte rien, un prix mini (15 €).

Forcément hétéroclite, le meilleur côtoie le moins bon, mais globalement, le niveau est excellent.

On va commencer par la  catégorie « à oublier » :
• Noël en enfer : un prêchi-prêcha d’Orson Scott Card, une sorte de fable sur l’enfer et le paradis, qui se veut probablement drôle, mais qui m’est tombé des mains.
• Nimbus de Peter Watts, est desservie par sa traduction : « notre cour d’en arrière », dès la fin de la première page (je suppose que le texte d’origine est « backyard »), c’est pas possible. Et le reste est à l’avenant.
• Dans les mines de Mars, de Jean Pierre Andrevon. Pourquoi avoir ressorti du placard ce texte de 1971 (pourtant revu par l’auteur), qui méritait largement d’y rester ? D’une part l’écriture est assez inélégante (j’ai fait une indigestion d’adverbe), d’autre part le thème est éculé, et on sent venir la chute dès la troisième page (sur trente).

Pour le reste, rien à redire. Quelques textes valent vraiment le coup d’acheter le recueil :

• Les fleurs de ma mère d’Andreas Eschbach : au travers du regard naïf d’un enfant handicapé mental qui croit que ses fleurs sont malades parce qu’il les a mal soignées, l’auteur nous décrit un futur proche dans lequel la flore est dévastée par un virus génétiquement modifié. Très efficace. Un ton très juste et très émouvant.
• La main tendue de Norman Spinrad, essaie de donner une réponse à la question : faudra-t-il une intelligence extra-terrestre pour que l’humanité devienne raisonnable ? Pas de récit à proprement parler, mais une suite de coupures de presse et de rapports. C’est malin, et ça fonctionne très bien.
• Dougal désincarné, de William Gibson, n’est pas le texte le plus original qui soit, mais j’aime beaucoup le ton, l’écriture et la nostalgie qui ressort du texte. Une histoire de vie et de mort, ou plus exactement de morts pas vraiment morts, ou de vivants pas tout à fait vivants…

Et une mention spéciale pour les deux meilleurs textes du recueil :

• Trois futurs, d’Ian Mc Donald. Cet auteur a des talents visionnaires certains : ses anticipations sont crédibles parce qu’on sent bien qu’il a tout compris au monde d’aujourd’hui.
• La femme aux abeilles de Thomas Day : la vengeance d’une femme picte dans un texte à la coloration fantasy (le seul du recueil, plutôt SF dans l’ensemble) : efficace, bien écrit et attachant.

Au final, ActuSF livre un excellent millésime, d’autant que beaucoup des textes de ce recueil sont publiés ici pour la première fois. De quoi me donner l’envie d’être à nouveau fidèle l’an prochain !

Recueil de nouvelles paru aux éditions ActuSF

Publié dans Livres | Marqué avec , , , , | Un commentaire

L’escargot sur la pente. Arkadi et Boris Strougatski

La collection Lunes d’Encre de Denoël, poursuit ce mois-ci la réédition des œuvres des frères Strougatski avec l’Escargot sur la pente, dans un volume qui est suivi par la novella L’Inquiétude, qui est en fait une première version du récit.

Il m’est assez difficile de chroniquer L’Escargot sur la pente. Parce que j’aurais pu l’aimer mais je l’ai détesté. Non, détesté est un mot trop fort. La vérité, c’est que je me suis ennuyé à la lecture de ce roman, bien que son sujet m’intéresse et qu’il soit très bien écrit. Une écriture poétique et sans fioriture, totalement en adéquation avec l’ambiance du roman.

Mais je me suis ennuyé. À un point tel que, une fois le roman terminé, j’ai commencé à lire l’Inquiétude et, constatant que c’était exactement la même histoire, dans un environnement légèrement différent, je n’ai pas insisté : je ne me sentais pas la force de m’infliger une deuxième fois le même ennui.

L’Escargot sur la pente, c’est la confrontation de deux mondes inconciliables : la forêt et l’administration, que l’on découvre à travers deux personnages. L’un, Poivre, travaille pour l’administration, il a envie de partir et de découvrir la forêt, mais l’administration ne le lui autorise pas. L’autre, Candide, a travaillé pour l’administration, il explorait la forêt pour elle, et, suite à un accident, a perdu la mémoire et vit dans la forêt. Les deux mondes sont inquiétants pour des raisons différentes. L’administration, c’est une allégorie de la bureaucratie soviétique, dans laquelle l’homme n’est rien, balloté au bon vouloir d’un pouvoir dont il ne comprend jamais le sens des décisions. La forêt, elle, est inquiétante parce qu’elle est truffée de pièges et de dangers, on y croise des morts, des arbres-sauteurs et des bandits un peu ridicules mais plutôt dangereux.

L’impression d’oppression est omniprésente, parce qu’on perçoit à chaque instant que les personnages du roman n’ont quasiment aucun libre arbitre. Au sein de l’administration, c’est évident Mais au sein de la forêt, ce n’est pas beaucoup mieux. Candide souhaite retrouver l’administration, mais ne connait pas le chemin de retour, et chacune de ces décisions semble complètement absurde.

En fait, l’Escargot sur la pente ressemble à un de ces cauchemars d’une nuit fiévreuse, où le rêveur est si profondément endormi qu’il n’a pas conscience de rêver. Et j’ai vécu la lecture de ce roman exactement comme si j’avais vécu ce cauchemar, ce qui m’a enlevé tout plaisir de lecture.

Alors, au final, mon ressenti est négatif, mais je n’arrive pas à porter un jugement négatif sur le roman, je pense surtout être passé à côté de quelque chose, et je vous invite plus que jamais à vous faire votre propre idée.

Roman traduit du russe par Vyktoriya Lajoye
Paru chez Denoël Lunes d’Encre

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | Commentaires fermés

Grendel. John Gardner

Grendel, de John Gardner a été réédité chez Denoël Lunes d’Encre il y a presque deux ans. À cette date, je n’avais pas été tenté par ce roman. La couverture ne me plaisait pas, et, surtout, même si les critiques étaient excellentes, ce qu’elles disaient de ce roman ne m’attirait pas. Mais voilà, depuis, j’ai lu deux romans de John Gardner qui m’ont enthousiasmé : La Symphonie des Spectres et À l’ombre du Mont Nickel. Même si je sais que ces romans n’ont rien à voir, en terme de genre et d’univers, avec Grendel, je me suis dit que je devais donner un chance à ce dernier.

Grendel, c’est une réécriture de l’épopée de Beowulf, un poème épique du VII° siècle (ou à peu près !), considéré comme une sorte de monument fondateur de la littérature anglo-saxonne, probablement une retranscription de traditions orales. Inutile de préciser que la langue de ce poème moyenâgeux est illisible pour le commun des mortels.

Gardner, spécialiste (entre de multiples autres choses) de ce texte, s’en empare, en changeant de point de vue. Beowulf est une épopée guerrière du point de vue du héros (Beowulf), dont la spécialité est de tuer des monstres. Grendel, c’est la même histoire, mais du point de vue d’un des monstres : Grendel.

La toute première chose qui me gène, c’est que tout ce que je viens de vous raconter, j’aurais bien été incapable de le faire sans la préface de l’auteur, la postface de Xavier Mauméjan, et Wikipédia. Grendel, un court roman, a été pour moi complètement abscons. Je n’y ai pas vu (ou quasi) l’humour ravageur censé illuminer le texte. Je n’ai vu aucun du sous-texte expliqué par Xavier Mauméjan dans sa postface, en particulier le lien avec l’histoire personnelle de Gardner. Et pour tout dire, je me suis beaucoup ennuyé.

Je plaide coupable, c’est entièrement dû à mon inculture crasse. Enfin, aussi, quand même, un peu à l’hermétisme du texte. J’avais pris soin de lire la postface avant, pour essayer d’être un peu moins perdu, mais ça n’a pas aidé !

J’aurais dû écouter mon pressentiment. Je crois que je ne suis pas très intéressé par les mythes et légendes. L’avantage de Gardner, c’est qu’en la matière, il fait court (je me souviens, par exemple, de ma douloureuse expérience de lecture du Silmarillon, de Tolkien, que j’avais laissé tombé après 100 pages, à une époque où abandonner une lecture était pour moi un déchirement).

Quant à John Gardner, il n’a pas fini d’occuper mes lectures : L’Homme-Soleil est réédité en Janvier, toujours chez Lunes d’Encre. À signaler aussi : 10/18 (Points, merci à Gilles Dumay pour la correction) réédite très bientôt À l’ombre du Mont Nickel. Et celui-ci, je vous le recommande chaudement.

Roman traduit de l’Américain par René Daillie (édition établie par Thomas Day et Xavier Mauméjan)
Paru chez Denoël Lunes d’Encre

Publié dans Livres | Marqué avec , , | 2 commentaires

La petite Déesse. Ian McDonald

Ian McDonald a écrit une série de nouvelles ou de novellas dans l’univers de son roman Le fleuve des Dieux. Ces récits sont parus en recueil sous le titre Cyberabad Days, et traduits en français sous le titre La petite Déesse, qui est le titre de l’une des nouvelles du recueil (nouvelle qui a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire 2013).

Ian McDonald s’est attaqué depuis quelques années à une série de romans indépendants qui tracent une histoire d’un futur assez proche (le demi-siècle qui vient), en prenant à chaque fois un point de vue centré sur un pays. Brasyl (comme son nom l’indique, le Brésil – pas lu), Le Fleuve des Dieux (L’inde) et La Maison des Derviches (la Turquie – mon préféré). En revenant dans l’univers du Fleuve des Dieux, il rajoute quelques touches de couleurs à cette grande fresque.

Chaque nouvelle ou novella de ce recueil aborde l’évolution des nouvelles technologies et l’intrication de l’Intelligence Artificielle dans la vie courante, l’évolution spécifique de la société indienne (dans laquelle le déséquilibre démographique homme-femme n’a cessé d’augmenter, pour atteindre une proportion de 1 femme pour 4 hommes), et l’avenir politique de l’Inde, que Ian McDonald voit balkanisée. L’un des points communs des récits est qu’ils sont, pour la plupart, vus du point de vue d’un ou plusieurs enfants.

C’est aussi foisonnant que Le Fleuve des Dieux, mais, pour ma part, j’ai trouvé ces nouvelles bien plus lisibles que le roman, qui m’avait laissé sur un drôle de sentiment : brillantissime mais inaccessible, par la faute de l’envahissement du texte par des mots indiens dont je ne saisissais souvent pas le sens.

Ma préférence va aux trois textes les plus longs, les trois derniers. La petite Déesse, déjà publiée dans la revue Bifrost, et L’épouse du Djinn, traitent d’un thème assez similaire : la symbiose entre l’humanité et les intelligences artificielles. Deux cas de figure bien différents, et deux conclusions opposées. Quant au dernier récit, c’est plutôt un roman court qu’une nouvelle : Vishnu au cirque des chats embrasse cinquante ans d’Histoire de cette Inde future, narrée par un enfant amélioré génétiquement, et qui a une espérance de vie de plus de deux siècles. En à peine plus de cent pages, le récit est forcément mené à grande vitesse, ce qui donne un effet vertigineux.

Cette préférence pour les récits les plus longs ne me font pas pour autant négliger les nouvelles du début du recueil : une préférence particulière pour l’Assassin Poussière, l’histoire d’une vengeance machiavélique portée, à son insu, depuis l’enfance, par la seule rescapée d’une dynastie.

Chacun des récits apporte une nouveau détail à la peinture de cette Inde future, comme une touche de couleur sur un tableau pointilliste.

Les lecteurs du Fleuve des Dieux ne seront pas dépaysés. Quant aux autres, ils peuvent sans problème se plonger directement dans ce recueil, qui peut se lire tout à fait indépendamment.

Ian McDonald est un auteur majeur de ce début de siècle. Ce recueil en est une nouvelle preuve.

Recueils de nouvelles traduites de l’Anglais (Irlande) par Gilles Goulet
Paru chez Denoël Lunes d’Encre

Publié dans Livres | Marqué avec , , , , | 3 commentaires

Les lisières. Olivier Adam

Les Lisières d’Olivier Adam m’a été offert par une amie dont j’apprécie beaucoup  les goûts littéraires. Je ne connaissais absolument pas cet auteur, mais en regardant les titres de ces précédentes œuvres, je me suis rendu compte que je le connaissais un peu puisque j’ai vu un film tiré de l’un de ses romans, le ridicule Je vais bien ne t’en fais pas. Quand je pense que Mélanie Laurent a eu le César de meilleure espoir pour sa prestation, j’en ris encore ! Si on m’avait demandé mon avis, je lui aurais éventuellement donné le César du meilleur décor… Quant à Kad Merad, il est le symbole de ces comiques télé qui s’imaginent qu’ils sont acteurs parce qu’ils ont sortis trois vannes sur Canal Plus (en l’occurrence c’était sur Comédie, mais ça ne change pas grand chose à l’affaire…)

Ceci étant dit, Les Lisières m’a enthousiasmé. Je l’ai lu quasiment d’une traite. Le narrateur, Paul Steiner, écrivain, la quarantaine, est obligé de revenir dans la ville de banlieue parisienne où habitent encore ses parents à l’occasion de l’hospitalisation de sa mère, victime d’une mauvaise chute. Il a fui Paris depuis des lustres, habite en Bretagne. Pour arranger le tout, sa femme vient de le prier d’aller vivre ailleurs, ses deux enfants lui manquent. Ce retour forcé vers les lieux de son enfance vont l’obliger à se reconnecter avec son histoire, ce qu’il aurait bien aimé éviter.

Raconté comme ça, ça pue l’auto-fiction geignarde, je m’en rends bien compte. Et pourtant, il y a une énergie formidable dans ce roman. Situé en 2011, entre Fukushima et les prémisses de la campagne électorale de 2012, il dresse aussi, en creux, un portrait de notre pays, ses lentes dérives à droite, ses impasses, la désespérance omniprésente. Paul Steiner s’est toujours senti en lisière, il a vécu en lisière de Paris, en lisère de la vie aussi, et va découvrir pourquoi, sans être venu le chercher, et un peu par hasard.

Je sais que cette expression est ridicule, mais je ne sais pas le dire autrement : ce livre « m’a parlé ». Les parents qui ne se disent rien, qui ne disent rien. Le frère « perdu » à l’UMP. Le mal être de l’adolescence. L’impression parfois de se perdre. La sensation de ne même plus pouvoir exprimer une opinion contraire à l’ambiance moyenne sans être renvoyé à sa condition supposée de bobo qui ne sait pas de quoi il parle. Certaines pages sont absolument lumineuses, plusieurs fois, je me suis dit en lisant « Putain, ça fait du bien de lire ça ! »

J’aime bien la langue d’Olivier Adam, assez déstructurée, tout en étant parfaitement précise et tranchante.

Je dois dire, pour être honnête, qu’au 2/3 du livre, le personnage de Paul Steiner a commencé à m’être un peu antipathique à force de se regarder le nombril, et je ne suis pas sûr que ce soit l’intention de l’auteur. Mais emporté par le dénouement de l’histoire, cette sensation s’est estompée, et n’a pas gâché ma lecture.

Ce que je ne suis pas capable d’appréhender, c’est si ce livre peut intéresser au-delà du cercle des hommes quarantenaires de gauche, pour autant que cette dernière « caractéristique » ait un sens aujourd’hui… (Il m’a été conseillé par une femme plus âgée, c’est déjà un indice !) Mais pour ceux-là, en tout cas, Les Lisières est un roman puissant, et assez marquant.

Paru chez Flammarion, disponible en poche chez J’ai Lu

Publié dans Livres | Marqué avec , | 4 commentaires

Doctor Sleep. Stephen King

Après m’être énervé contre la traduction de 22/11/63 de Stephen King (voir mon billet ici), j’ai décidé de mettre à l’amende Albin Michel en n’achetant pas Doctor Sleep en VF (qui sort en France début Novembre, sous le titre « prometteur » en terme de traduction : Docteur Sleep), mais de le lire  dans sa langue d’origine.

J’ai depuis longtemps envie de lire en anglais, d’abord pour le plaisir de lire quelque chose tel qu’il a été écrit par son auteur, et puis aussi parce que je pense que, malheureusement, l’économie du livre étant ce qu’elle est, il va, très bientôt, être difficile de trouver les traductions des auteurs ne vendant pas assez pour qu’une traduction soit économiquement rentable. Mais en parallèle à cette vieille envie, il y a une toute aussi vieille réticence. Au prétexte fallacieux que j’aime trop lire pour faire l’effort de lire moins vite. Et, probablement, une espèce de complexe vis à vis de mon niveau d’anglais. Mais j’ai constaté qu’il est largement suffisant pour lire du Stephen King avec plaisir, et avec une parfaite compréhension. Et ça a été même une révélation, puisque j’ai pris un plaisir vraiment très grand, en ayant le sentiment de revivre le plaisir de la découverte de la lecture, survenue il y a fort longtemps, quand j’avais six ou sept ans. C’était vraiment spécial, et je ne tarderai pas à recommencer l’expérience.

Mais revenons au roman. On pourrait le présenter comme une suite de Shining, ce qui serait bien réducteur. Stephen King avait à cœur de retrouver Danny Torrance, le gamin de Shining, devenu quarantenaire. Mais Doctor Sleep peut absolument se lire sans avoir lu Shining. Torrance partage d’ailleurs la vedette du roman avec Abra Stone, une enfant née elle aussi avec le « Shining« . Mais King introduit un élément absolument absent du premier roman (sans que l’ensemble n’en soit pour autant bancal) : la confrérie des True Knot, mi-fantômes, mi-vampires, qui tirent leur incarnation de l’essence (ou de l’âme, si l’on veut, eux appelle ça « la Vapeur » – Steam) des enfants doués du Shining. Ces « True Knot » kidnappent donc ces enfants, et les torturent parce que c’est de leur souffrance qu’ils génèrent cette fameuse « Vapeur ». Abra, douée d’un Shining phénoménal (bien plus grand encore de celui que possédait Dan quand il était enfant) devient la cible des True Knot. Le hasard (quoique, mais je vous dis rien de plus à ce sujet) va réunir Dan et Abra, qui vont unir leur talent pour combattre les True Knot.

Dan Torrance a essayé de noyer dans l’alcool les stigmates du traumatisme subi dans son enfance (raconté dans Shining). Ça n’a pas beaucoup fonctionné, mais il est devenu alcoolique, et après une longue errance, il finit par se fixer à Frazier, et devient sobre avec l’aide des Alcooliques Anonymes. En ce sens, le personnage de Dan a une forte connotation autobiographique. King le dit lui-même en posface, l’écrivain qui a écrit Shining était alcoolique, quarante ans après, le même qui écrit Dr Sleep est sobre.

Stephen King sait raconter une histoire, ce n’est pas une découverte et il n’a pas perdu ce talent au fil des ans. Dans ce roman-ci, on sent une affection particulière pour ses personnages, en particulier celui de Dan Torrance, probablement pour les raisons évoquées ci-dessus.

Difficile de décrocher du bouquin, dommage que la résolution soit un peu rapide à mes yeux. Je n’irais pas jusqu’à dire « bâclee », ce n’est pas le bon mot. C’est juste que les enjeux deviennent tellement énormes, qu’on s’étonne que tout soit fini en quelques dizaines de pages, et sans aucune surprise. Mais en fait, les surprises, King n’avait pas attendu la fin pour les distiller. Et après tout, ce n’est pas désagréable d’être tenu en haleine pour autre chose qu’une fin bien prévisible, mais par une qualité narrative au dessus du lot.

Pour quelqu’un qui avait semble-t-il annoncé sa retraite après la conclusion du cycle de la Tour Sombre, il y a presque dix ans, on peut dire qu’il y avait encore de beaux restes. Tant que King continue avec cette qualité, il n’y a aucune raison qu’il ne mette sa menace de retraite à exécution !

Publié chez Scribner en langue Anglaise
À paraitre en France le 1° Novembre 2013 chez Albin Michel, dans une traduction concoctée par Nadine Gassie…

Publié dans Livres | Marqué avec , , | 2 commentaires

Sept secondes pour devenir un aigle. Thomas Day

Sept secondes pour devenir un aigle est un recueil de nouvelles de Thomas Day, axé sur la thématique écologique, au sens large du terme (la quatrième de couv parle, très justement, du « rapport de l’homme à la nature »). Six nouvelles, dont trois inédites. Pour ma part, je n’avais lu que deux des trois nouvelles déjà parues en dehors de ce recueil. Six bijoux, autant le dire d’entrée de jeu.

Ce recueil nous fait voyager sur les cinq continents, et fait un état (consternant) de l’empreinte humaine sur l’écosystème de la planète. Mais ce n’est pas un traité politique : Thomas Day est un écrivain, un sacré bon conteur, et cet état des lieux est le décor de ses récits. Aux frontières de plusieurs genres, l’uchronie, le fantastique et la science-fiction, les six récits du recueil sont avant tout de très bons récits. Ce ne sont pas des textes donneurs de leçons. Il n’en reste pas moins qu’on ne ressort pas vraiment intact de cette lecture.

Le premier texte, Mariposa, est une excellente entrée en matière. Mêlant passé lointain, passé plus proche et présent, il nous entraine dans l’île du Pacifique sur lequel est mort Magellan, et sur lequel une espèce d’arbre très particulière attire l’attention des services secrets américains, ou bien d’une firme pharmaceutique, on ne sait trop.

Avec la deuxième nouvelle, qui a donné son titre au recueil, on est dans une réalité à la fois imprégnée de fantastique et de légendes Sioux. Pour, au final, se demander s’il existe une autre façon de lutter contre les méfaits de l’industrie pétrolière que par un éco-terrorisme radical.

Éthologie du tigre a été publié dans l’anthologie fêtant les 10 ans de Folio SF. C’est un très bon texte, flirtant avec le fantastique, teinté de légendes indiennes. Extinction des espèces, « barrière Gaïa », des thèmes classiques de speculative fiction traités avec une grande originalité.

Un détour au Japon post-Fukushima dans Shikata ga nai, un texte qui fait écho avec le roman Stalker des frères Strougarski.

Dans Tjukurpa, Thomas Day aborde la vie des populations aborigènes d’Australie, mêlée à un récit que je qualifierai de  cyber-anticipation.

Enfin, le plus gros morceau, selon moi le meilleur texte, que j’ai relu avec un grand plaisir (il faisait partie de l’anthologie Retour sur l’horizon) : Lumière Noire. Là on n’est plus dans la nouvelle, mais presque dans le roman court (100 pages). Un texte de pure SF, qui mériterait d’être traduit en anglais pour exporter notre littérature de l’imaginaire (en plus, ça se passe aux States, les américains ne seraient pas dépaysés). C’est un texte d’une richesse incroyable, je ne doute pas que des pisse-lignes l’auraient étiré en trois tomes de 400 pages (j’exagère peut-être un peu). Dans un futur proche, la Terre est dominée par une intelligence artificielle qui a pris on autonomie et veut préserver l’humanité de sa nature autodestructrice, de gré ou de force. Quelques-uns résistent…

L’ensemble du recueil est magnifiquement écrit, c’est puissant, acéré. La dimension politique est omniprésente, mais pas du tout envahissante. Ce sont avant tout des textes littéraires de très haute tenue. Ma préférence va au dernier, Lumière Noire, dense sans être complexe, et foisonnant. Un modèle de concision. Un texte vraiment exceptionnel. L’ensemble du recueil est de haute volée. Il se dévore en un rien de temps.

Il est postfacé par un texte de Yannick Rumpala, maître de conférences en science-politique spécialisé dans les questions environnementales, qui nous parle du rôle de la science-fiction dans la pensée du futur de notre planète face aux enjeux écologiques. Un texte passionnant.

Petit bonus : chaque nouvelle est accompagnée d’une illustration d’Aurélien Police, qui a également dessiné la superbe couverture.

Paru aux Éditions Le Bélial

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | Un commentaire

Danse Noire. Nancy Huston

Danse Noire est le dernier roman de Nancy Huston, la plus française des auteurs Canadiens (qui écrit en Français, bien que sa langue maternelle soit l’anglais).

Comme dans Lignes de Faille, son roman que je préfère, elle nous raconte trois lignes de vie, trois générations différentes : un Irlandais au début du XX° siècle, déchiré autant que son pays, et qui finit par s’exiler au Canada ; une jeune prostituée qui rencontre le fils du précédent, avec qui elle a un enfant qu’elle abandonne à la naissance ; et cet enfant, Milo.

La comparaison avec Lignes de faille s’arrête là. D’une part, l’histoire et le contexte historique sont totalement différents ; d’autre part, la construction formelle du roman diffère aussi du tout au tout.

Et c’est sur ce dernier point que j’ai eu du mal. La narration qui enrobe l’ensemble du roman, c’est l’histoire de deux personnes, Milo et son compagnon, qui se racontent le scénario du film qu’ils s’imaginent faire sur la vie de Milo. Pour moi, le télescopage du cinéma et de la littérature fonctionnent mal. Si je veux du cinéma, je vais au cinéma. Mais lire un livre qui me raconte régulièrement la façon dont les scénaristes voient telle ou telle scène, ça me lasse.

Un autre point qui m’a gêné, c’est la langue. Nancy Houston fait le choix de laisser parler les personnages dans la langue réelle dans laquelle ils s’expriment. Un français « canadien » pour certains, un anglais « tout aussi canadien » pour d’autres (en fait, ce choix est circonscrit au Canada, lorsqu’on est en Irlande, les dialogues sont écrits en français, alors qu’ils parlent anglais…), une langue anglaise retranscrite en phonétique pour exprimer les forts accents des uns et des autres. Tous les passages en anglais sont traduits, en note, et dans un français du Québec, avec « Tabernacles », « hosties » et j’en passe. C’est un procédé littéraire étonnant, assez drôle, mais vite lassant, parce que pour en avoir tout le sel, il faut lire la traduction telle quelle est proposée même si on a compris le sens en anglais. Ça devient vite pesant.

Reste le fond, qui est passionnant. L’histoire de l’Irlande et du Québec qui s’entremêlent, la création artistique, les violences faites aux femmes. J’aurais aimé m’en passionner, les personnages sont attachants, mais je n’ai pas réussi à franchir la barrière de la forme. Ça ne m’a pas empêché d’aller au bout, parce que j’avais quand même envie de connaitre le dénouement de ces trois histoires imbriquées, mais ça m’a empêché, certainement d’apprécier totalement cette lecture. Dommage. Pour moi, trop d’effets de style tue le style.

Si ce n’est déjà fait, en revanche, je ne saurai trop vous conseiller la lecture de Lignes de Faille, un roman absolument magistral.

Paru chez Actes Sud

Publié dans Livres | Marqué avec , , | 5 commentaires

Business as usual

Lorsque j’ai (ré)ouvert ce blog il y a un peu plus de deux ans, je l’ai sous-titré « Penser le monde », avec une grosse dose d’auto-ironie, évidemment : je n’ai pas la prétention d’avoir une quelconque autorité pour le penser, notre monde. Mais c’était aussi pour exprimer le fait qu’aujourd’hui, plus grand-monde ne le pense, ce monde, alors qu’il serait plus que temps. Dans le monde politique, ce « plus grand-monde », se réduit à personne. Quelle est la vision stratégique des politiques sur le réchauffement climatique, sur la mondialisation, sur la démocratie et l’Europe ?

Bien aidés par le bruit médiatique ambiant, empoisonnés par le cancer que sont devenus les chaînes d’info en continu (faut bien remplir l’antenne), nous sommes nous-mêmes peu enclins à exiger de nos politiques cette nécessaire vision. Qu’est-ce qui fait la Une en ce moment ? Les Roms. Entre 17 000 et 20 000 personnes en France, sur une population totale de 63 millions. Le Monde et Libé avaient un même titre aujourd’hui : « Roms : Valls juge les critiques de Duflot insupportables ». C’est marrant, moi, c’est Valls qui m’insupporte. Je ne supporte pas son argumentation-justification « je suis en phase avec les français ». Les « français », comme il dit, dont on teste l’opinion au moyen de sondages bidons. Manuel Valls, aujourd’hui (je précise, parce que son opportunisme politique l’amènera probablement à changer de positionnement si le besoin s’en fait sentir), c’est un mélange de social-libéralisme assumé qui ressemble fortement à la politique menée par le précédent gouvernement (lors de la primaire socialiste, il défendait la TVA sociale, abrogée par le gouvernement Ayraut, et réintroduite de façon light depuis…) et de sécurité comme fond de commerce. Surtout, c’est une façon de faire de la politique calquée sur celle de Nicolas Sarkozy : omni-présence médiatique, story-telling permanent. La pire des façons de faire de la politique, mais celle qu’adorent les chaines d’info en continu. Et celle qu’adorent aussi les éditorialistes qui font (ou croient faire) l’opinion : un mec responsable, au discours martial. Celui qui remue la merde et dit ensuite qu’il s’en préoccupe. Il a beau nous afficher sa naturalisation en étendard (tiens, c’est marrant, Sarkozy, quand on le titille sur le sujet, nous explique que la France a accueilli sa famille d’origine hongroise), ça n’y change rien. Ses propos sur les Roms, Cécile Duflot a raison, sont l’exact pendant du discours honni de Grenoble de Nicolas Sarkozy, celui qu’on aurait tant souhaité ne plus entendre après la victoire de François Hollande (pas tout le monde, j’entends bien, mais en tout cas ceux qui ont élu l’actuel président et sa majorité parlementaire).

Et le président, qu’en dit-il ? On ne sait pas. Il laisse ses ministres s’étriper, attendant sûrement de voir de quel côté l’opinion penche. Or, on sait très bien de quel côté l’opinion penche, lorsqu’elle est chauffée à blanc par un bourrage de crâne permanent. Je me souviens qu’au début des années 2000, lorsque Sarkozy est sorti du désert (dans lequel il était entré après son judicieux soutien à Balladur en 1995), je m’étais dit « Merde, on en a pour vingt ans avec lui ». Je crains qu’il n’en soit de même pour Valls. Et si, aux alentours de 2019, 2020, une batterie de sondages, rabâchés jour après jour, en font le meilleur candidat de « gauche » (je me marre) à la présidentielle de 2022, nul doute que les sympathisants socialistes le porteront aux nues. Ils ont fait la même chose avec Royal en 2007 et avec Hollande an 2012. Pour ce qui est des convictions, on verra après…

Vu en replay cet après midi « Cash Investigation » sur le diesel. On peut dire beaucoup (de mal) sur la forme de cette émission (France 2). Mais ils ont au moins le mérite de traiter de sujets aux enjeux autrement plus importants que le soi-disant matraquage fiscal (je pourrais en faire deux pages là-dessus, mais j’abdique, ça me fatigue trop), ou bien que la recherche du corps de cette malheureuse enfant battue à mort. Ce dernier sujet, intéressant s’il permettait de se poser les véritables questions sur la violence sur les enfants, n’est qu’un festival de voyeurisme, qui fait l’ouverture des JT quand il y a une quasi-guerre en Syrie. Mais revenons au Diesel. Depuis trente ans, des rapports sont commandés par différents ministres. Tous disent la même chose : le Diesel tue. Par les particules fines, et, depuis, que celles-ci sont soi-disant filtrées par les filtres à particules, par l’augmentation de la concentration de NO2 dans l’air, corollaire du super filtre. Le premier rapport date de 1983, l’un des plus explicites date de 1996, commandé par Alain Juppé, alors premier ministre. Notre futur Président de la République (ouais, je suis comme ça, j’aime bien les paris) l’a mis dans un tiroir, probablement sans même le lire. Ça promet. Arnaud Montebourg, notre ministre du Made in France, porte-étendard de la transition écologique en 2011, militant acharné du nucléaire et du diesel en 2013, dit qu’il ne fait pas toucher au Diesel, parce que nos « champions nationaux » (comprendre Renault et PSA), en sont les spécialistes. Pendant que Toyota investissait en R&D pour mettre en production en 1997 la première voiture hybride-essence, et bientôt la première voiture à pile à combustible, et bientôt à Hydrogène, PSA et Renault distribuaient le peu de cash flow qu’ils dégageaient à leurs actionnaires, et investissaient le peu qui restait dans le diesel, puisqu’à cause d’une fiscalité aberrante unique dans le monde, le diesel est beaucoup moins taxé que l’essence en France. Je n’appelle pas ça des « champions », j’appelle ça des tocards.

Le nouveau rapport du GIEC sur le climat vient de tomber. C’est pire que ce qu’on pensait en matière de réchauffement climatique. Va-t-on accélérer le mouvement, mettre au placard, dans la décennie qui vient notre modèle productiviste basé sur la croyance en l’inépuisabilité de nos ressources (et là, je parle pas de notre petit pays, mais du Monde Entier) ? Ne rêvons pas.

En France, avec des Montebourg, des Valls, des Ayraut (et Hollande comptant les points) aux manettes aujourd’hui, des Copé, Le Pen, Juppé demain, on approche du moment où, pour créer des emplois, on va nous expliquer qu’il faut exploiter le gaz de schiste qui repose sous nos pieds, qu’il faut construire d’autres EPR, qu’il faut intensifier encore l’agriculture. Et, pour faire passer la pilule, on construira des tramways. Et Carlos Goshn (PDG de Renault) s’achètera une bonne conscience en fabriquant des voitures électriques, au moindre coût, c’est à dire sans aucune recherche sérieuse sur l’avenir technologique de la filière. Comme on l’a toujours fait.

En début de mandature, parfois, on prendra quelques écolos dans le gouvernement. Pour faire joli. On les roulera dans la farine,  puis on les jettera, et Apathie-Duhamel-Giesbert, notre éditorialiste favori, dira que ces zozos sont vraiment indécrottables, et qu’heureusement, on a des gens responsables comme Valls et Sarkozy pour prendre les décisions courageuses.

Sur le site de l’INA, on peut voir les discours de campagne de René Dumont en 1974, et Brice Lalonde en 1981 (et ce qu’on pense de ce qu’est devenu ce dernier ne change rien à l’affaire). Leur discours, jugé farfelu alors, décrit très précisément les impasses de notre monde d’aujourd’hui. Sur ces sujets là, personne ne pourra dire « On ne savait pas ».

Pendant ce temps, DSK s’enrichit en conseillant les gouvernements les plus infréquentables et en rentrant au Conseil d’Administration des banques d’affaires. Sarkozy fait des conférences sur « sa vision du monde », payé grassement par des industriels. Business as usual. Tout va bien.

(C’était le centième billet du blog, je m’en rends compte en le publiant)

Publié dans Politique | Marqué avec , , , , , | Un commentaire

L’île invisible. Francisco Suniaga

L’Île Invisible est un roman de Francisco Suniaga, un écrivain Vénézuélien, qui a remporté un très gros succès dans son pays avec ce livre.

Margarita, une île du Venezuela. Edeltraud Kreutzer, allemande, retraitée, y débarque pour quinze jours avec un groupe de touristes, mais pour elle, pas de vacances, mais la tentative de comprendre pourquoi son fils, qui s’est installé quelques années auparavant dans cette île avec sa femme, y est mort. Raison officielle : noyade. Mais Edeltraud a reçu une lettre anonyme laissant soupçonner un meurtre, dans lequel sa belle-fille serait partie prenante. Elle fait appel à un avocat local qui va l’aider à naviguer dans les méandres de l’île : méandres culturels, linguistiques et bureaucratiques.

Ainsi raconté, L’Île Invisible pourrait ressembler à un polar classique, sans grand intérêt. Sauf que ce n’en est pas vraiment un, et que ce roman est tous sauf sans intérêt.

Mêlant les démarches de l’avocat, les derniers temps de la vie du fils d’Edeldtraud – à partir du moment où il se passionne pour les combats de coq, et des passages de son journal intime (sans oublier la prise de tête de l’avocat pour essayer de comprendre un rêve obsédant qu’il a fait peu avant l’arrivée de l’allemande), L’Île Invisible nous brosse un portrait de la vie réelle de l’île de Margarita, bien loin des images d’Épinal des agences de voyage. Le tout avec une écriture élégante, baignée dans une atmosphère envoutante, oscillant entre climat tropical et violence rentrée.

On entre dans l’île invisible rapidement, et le roman se lit avec une telle facilité qu’on a le sentiment d’en sortir trop vite, mais l’empreinte qu’il laisse est durable.

Roman traduit de l’espagnol (Venezuela) par Marta Martinez Valls
Paru chez Asphalte Éditions

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | Un commentaire

Itinéraires Nocturnes. Tim Powers

Tim Powers était édité chez J’ai Lu dans les années 90, et, à l’époque, j’ai vraiment beaucoup aimé ses romans, en particulier le très connu Les Voies d’Anubis.

Dans les années 2000, deux de ses romans ont été édités chez Lunes d’Encre : Les Puissances de l’invisible et À deux pas du Néant, qui, je dois dire, m’avaient un peu laissé sur ma faim, voire un peu ennuyé pour le premier nommé.

Il n’empêche que j’avais un a priori positif sur l’auteur (un peu moins sur le bonhomme quand il déclare sérieusement, dans une interview à Bifrost (dans le n°50), que « Reagan a été un grand président », lui attribuant la fin de la guerre froide… « Et il a fait baisser spectaculairement les impôts, le chômage et l’inflation ». Mais voyons… Il a juste aussi semé les graines de la dérégulation folle qui a mené à la crise de 2008, mais c’est sûrement un détail. Par ailleurs, dans cette interview, Tim Powers est globalement très antipathique, mais c’est bien sûr un avis totalement subjectif !).

Après la lecture du recueil de nouvelles Itinéraires Nocturnes, je me dis, qu’à tout le moins, il n’est pas fait pour cet exercice… Tim Powers n’est pas, en effet, un spécialiste de la nouvelle, ce recueil de douze nouvelles couvrant l’intégrale de ses textes courts. C’est heureux qu’il n’en ait pas écrit plus.

Le problème principal, c’est quand même qu’il raconte toujours la même chose. Des histoires de fantômes, enveloppée dans ce que la Quatrième de couv appelle poliment de la mystique chrétienne, et que je qualifierai plutôt d’insupportable prêchi-prêcha. Un texte, ça peut être sympa, au bout de dix, on commence à se lasser. D’autant que je n’avais pas souvenir d’une tell lourdeur de plume de la part du bonhomme. Ça manque cruellement de légèreté et d’adresse, du coup, j’ai été souvent complètement perdu, tournant les pages en me demandant de quoi ça parlait. À force d’ellipses, de non-dits, on finit par ne plus rien comprendre. J’ai quand même eu le courage d’aller jusqu’au bout (sauf de la nouvelle « Pat Moore« , à laquelle je n’ai strictement rien compris et que j’ai abandonné au bout d’une vingtaine de pages).

Je vais quand même signaler mes deux nouvelles « préférées » du recueil :
La première (peut-être n’étais-je pas encore lassé…) : « Vers le bas de la colline » : une histoire de société secrète d’immortels qui prennent la place des âmes de vivants pour survivre. L’ambiance est intéressante, l’histoire assez originale, la chute est un peu sans intérêt, mais bon, il y a largement pire.
L’avant-dernière : « Une âme dans une bouteille« , l’histoire d’un amateur de vieux livres qui rencontre le fantôme d’une poétesse tuée par sa sœur et bien décidée à se venger… Là aussi, une jolie ambiance nostalgique et de la poésie.

Je dis pas que ces deux nouvelles soient exceptionnelles, mais, selon l’adage bien connu, au royaume des aveugles, les borgnes sont rois ! Le reste du recueil est à jeter.

Le recueil de termine sur une nouvelle (« L’heure de Babel« ), qui dénote au niveau de la thématique. Ça se veut être de la pure SF, une histoire de voyage dans le temps avec ses immanquables paradoxes temporels. Elle concentre tous les défauts du recueil avec, en bonus, un jargon science-fictif bien ridicule (à coup de « cristaux photoniques colloïdaux », de « tachyons chargés dans un Tevatron » et autre « vent d’éther de Lorentz »…).

L’ennui aidant, les « indicatifs » du traducteur Jean-Pierre Pugi m’ont encore plus agacé qu’à l’habitude. (Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents de ce blog, je m’étonne, à chaque fois que je lis un livre traduit par Jean-Pierre Pugi, qu’il appelle un « numéro de téléphone » un « indicatif ». C’est un véritable tic verbal, d’autant plus insupportable que je n’ai trouvé aucun dictionnaire donnant à « indicatif » cette acception).

On l’aura compris, malgré une très jolie couverture, Itinéraires Nocturnes est largement évitable. Par ailleurs, ne manquant pas de lectures, je ne me risquerai pas à lire le dernier roman traduit en France de l’auteur, paru récemment (Parmi les Tombes, chez Bragelonne. Rien que le titre me fait craindre le pire).

Recueil de nouvelles traduit de l’Américain par Jean-Pierre Pugi
Paru chez Denoël Lunes d’Encre

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | Un commentaire

Danse, danse, danse. Haruki Murakami

Il y a un peu plus de dix ans, on m’a offert Chroniques de l’oiseau à ressort de Haruki Murakami. Je n’avais alors rien lu de cet auteur, n’en connaissais même pas le nom. Je n’étais pas spécialement attiré par le Japon.

Ce fut un coup de foudre, et, depuis, j’ai lu l’intégralité de sa bibliographie traduite en Français (ses deux premiers romans ne sont malheureusement pas traduits, je suis étonné que Belfond, son éditeur actuel,  ne profite pas du succès actuel de l’auteur pour vendre du papier avec ses romans de jeunesse…).

Danse, danse, danse, est donc le seul roman de Murakami que je n’avais pas encore lu. C’est la suite directe de La course au Mouton sauvage, mais ces deux romans forment chacun un tout et l’on pourra lire l’un ou l’autre indépendamment, les éléments du premier nécessaires à la compréhension du second étant largement expliqués.

Ce que j’aime beaucoup dans Murakami, et qu’on trouve dans Chroniques de l’oiseau à ressort (je trouve que c’est une chance d’avoir commencé par celui-ci), c’est l’irruption d’événements complètement barrés dans le quotidien extrêmement banal du personnage principal. Un quotidien que l’auteur nous fait partager, on voit ce personnage se faire à manger, faire ses courses et son ménage. Ce personnage est souvent célibataire ou divorcé, un peu psychorigide, et il se raccroche à ces rituels du quotidien pour essayer de ne pas sombrer avec son environnement qui se délite totalement. Voilà, ça pourrait être le schéma directeur de certains romans romans de Murakami, mes préférés en tout cas, et Danse, dans, danse, est tout à fait sur ce schéma-là.

Le narrateur, rédacteur free-lance, fait une pause professionnelle, pour retourner à l’Hôtel du Dauphin, avec lequel il sent bien qu’il a encore des choses à régler (cet hôtel est au centre de la Course au Mouton Sauvage). En arrivant devant l’établissement, il constate avec surprise que le petit hôtel miteux a disparu et a été remplacé par un établissement luxueux. Son quotidien bien réglé ne va alors cesser de déraper. Il retrouve un ami du temps de ses études, devenu acteur à succès ; il rencontre une gamine pour le moins instable pour qui il va essayer de jouer le rôle de parent de substitution ; il est mêlé, indirectement, au meurtre d’une call-girl… Un véritable tourbillon, dans lequel il essaie de maintenir un semblant de stabilité.

L’écriture simple, précise et ciselée de Murakami est pour moi une source de plaisir immense. Je pense que le fait que le quotidien « normal » du narrateur soit malgré tout exotique pour moi, parce que c’est un quotidien dans un Japon que je ne connais absolument pas, amplifie encore le charme.

Inutile de chercher des réponses dans les livres de Murakami, Danse, danse, danse, n’est pas un polar. On n’aura aucune certitude sur le ou les meurtriers, aucune certitude sur qui se cache derrière les promoteurs mystérieux de l’hôtel. Un roman de Murakami est un voyage, un voyage pour le plaisir de voyager et non pas pour sa destination.

Roman traduit du Japonais par Corinne Atlan
Paru au Seuil
(dispo en poche chez Points)

Publié dans Livres | Marqué avec , | Commentaires fermés

Stalker. Arkadi et Boris Strougatski

Stalker, est un roman des frères Arkadi et Boris Strougatski, publié en URSS en 1980, paru en France en 1981 pour la première fois, réédité chez Lunes d’Encre en 2010 et bientôt disponible en Folio SF.

Des extra-terrestres ont visité la Terre, puis sont repartis. On ne sait ni qui ils sont, ni pourquoi ils sont venus et repartis subitement. Les zones qu’ils ont occupé sont remplies d’artefacts, mais sont très dangereuses et inhabitables. Les stalkers prennent tous les risques pour aller chercher les merveilles technologiques qu’ont abandonné les visiteurs.

Le roman est constitué de quatre chapitres, quatre moments dans la vie de deux stalkers, sur un intervalle de huit ans. La grande force du roman, c’est de réussir à nous faire comprendre une histoire assez complexe et dense en moins de 200 pages, juste avec ces quatre focus, à des moments précis, sans qu’il n’y ait jamais de longues explications. Et on comprend très bien. À aucun moment, je ne me suis senti désorienté. L’écriture est précise et acérée.

Le livre est sous-titré « Pique nique au bord du chemin« , parce qu’on peut imaginer que les extra terrestres sont venus pour un pique nique, et que leur civilisation est tellement différente de la nôtre que les déchets qu’ils ont laissé à cette occasion sont incompréhensible pour nous.

Bien qu’écrit bien avant la catastrophe de Tchernobyl, la Zone nous y fait penser irrémédiablement : une surface de la Terre devenue invivable et dangereuse en un rien de temps. Sauf qu’il n’y a aucun trésor technologique autour de la centrale…

Stalker se lit très vite mais marque profondément. Il s’en dégage une ambiance vraiment très spéciale, un mélange de nostalgie et d’irrémédiable. Et beaucoup d’humanité. Une lecture  incontournable.

Roman traduit du Russe par Svetlana Delmotte (édition définitive établie par Viktoriya Lajoye)
Paru chez Denoël Lunes d’Encre
(dispo en octobre 2013 en poche chez Folio-SF)

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | 8 commentaires