La Séparation. Christopher Priest

J’écris ce billet dans le cadre du challenge 13 ans, 13 blogs, organisé par les éditions Denoël pour fêter les 13 ans de la collection Lunes d’Encre. Il s’agit, pour les 13 blogueurs sélectionnés, d’écrire un billet sur leur Lunes d’Encre favori (seul restriction : que le livre soit encore disponible en librairie, en Lunes d’Encre ou en FolioSF s’il a été repris en poche).

Le choix du livre à chroniquer a été difficile. La facilité aurait été, bien sûr, de choisir Spin, le plus gros succès de la collection. C’est un de mes Lunes d’encre préféré. Mais j’ai déjà écrit un billet sur ce roman, et surtout, je voulais être plus original. Du coup, j’ai penché un temps vers Blind Lake, du même auteur, Robert Charles Wilson, moins connu que Spin, probablement moins brillant, mais dont l’histoire me touche beaucoup. J’aurais aussi pu parler de l’intégrale de Fondation en deux tomes, parce que Fondation est un émouvant souvenir de lecture d’adolescent, que j’ai relu avec grand plaisir dans cette édition. Mais là, ça n’aurait pas honoré justement la collection. Fondation fait partie du fonds littéraire issu de la mythique collection de poche Présence du Futur. Valoriser ce fonds est certes une des missions de la collection, mais je trouve que nous faire connaître Wilson, Priest ou McDonald est plus important. Bref, en regardant dans ma bibliothèque la belle collection des Lunes d’Encre que j’ai lus (quarante huit à ce jour !), mes yeux sont tombés sur La Séparation, de Christopher Priest, et, d’un coup, c’est devenu une évidence : c’est bien mon Lunes d’Encre favori. Et, je trouve qu’en plus, c’est un livre qui illustre bien ce qu’est Lunes d’Encre, à mes yeux : une collection qui édite de la littérature de l’imaginaire, où le mot littérature est aussi important que le mot imaginaire !

Ranger La Séparation dans une case n’est pas une sinécure. On pourrait le classer dans le domaine des uchronies, sauf que le doute plane pendant tout le roman sur la réalité de cette uchronie. Tout tourne autour du 10 Mai 1941, le jour où Rudolf Hess va en Grande-Bretagne pour, selon ses déclarations, négocier la paix entre l’Allemagne et le Grande-Bretagne, à la veille de l’invasion de l’Union Soviétique par l’Allemagne. Dans notre réalité, il est arrêté par les anglais (lors de son atterrissage en parachute après que son avion a été abattu), et de paix, il n’en fut jamais question. Mais si cette paix avait eu lieu, que ce serait-il passé ? Christopher Priest nous fait regarder cette période de l’histoire à travers les yeux de deux jumeaux monozygotes, Jacob-Lucas et Joseph-Leonard Sawyer (dit respectivement Jack ou JL, et Joe), médaillés de bronze d’aviron aux JO de Berlin, en 1936, et que la guerre va déchirer, le premier s’engageant dans la Royal Air Force, le second obtenant le statut d’objecteur de conscience. La fameuse nuit du 10 Mai 1941, l’avion de Jack, de retour d’un raid sur une ville allemande, est abattu. Joe, lui, est blessé en Novembre 1940, lors d’un bombardement à Londres alors qu’il travaille à la Croix-Rouge. Mêlant les journaux des deux frères, des témoignages de proches, des documents historiques faisant état de l’une ou l’autre réalité (certains retrouvés par un historien qui, on l’apprend vers la fin du livre, est, sans le savoir, au coeur du mystère), Christopher Priest nous fait douter pendant tout le roman : est-on en présence de deux réalités parallèles ? L’une des deux « réalités » est-elle rêvée par l’un des deux jumeaux ? Toute l’ambiguité est à l’image de ces deux frères, que l’on confond quand on les voit, tant leur ressemblance est forte.

Le roman est superbement écrit, l’époque parfaitement décrite. Ce livre est d’une richesse incroyable. L’auteur s’amuse à détruire chacune de nos convictions sur la réalité de l’histoire chaque fois que nous la forgeons, c’est brillantissime. Et ça fonctionne autant à la deuxième lecture qu’à la première. Un très grand livre.

Roman traduit de l’Anglais par Michelle Charrier
Paru chez Denoël Lunes d’Encre (en poche chez Folio SF)

Ce contenu a été publié dans Livres, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à La Séparation. Christopher Priest

  1. Phil dit :

    Faudrait que je le relise, pour voir si en effet c’est aussi bon la seconde fois que la première ! Qui était déjà un grand moment de lecture, comme tu le soulignes.
    (Mais je préfère Spin, facilité ou pas ! :))

Les commentaires sont fermés.